Ancienne abbaye de Montmajour
Joyau roman dressé sur un rocher en pleine Camargue, Montmajour déploie mille ans d'histoire bénédictine entre crypte préromane, cloître sculpté et tour carrée dominant les étangs.
Histoire
Posée sur un éperon rocheux qui émergea jadis des marais de la Camargue comme une île de pierre, l'abbaye de Montmajour constitue l'un des ensembles monastiques les mieux préservés du Midi méditerranéen. À quelques kilomètres seulement d'Arles, elle surgit dans un paysage de garrigue et d'étangs que le regard de Van Gogh immortalisa depuis les hauteurs de la tour : le peintre hollandais, fasciné, en fit l'un de ses motifs les plus récurrents pendant son séjour arlésien. Ce qui rend Montmajour véritablement singulière, c'est la superposition visible de ses âges : la crypte du XIe siècle creusée dans le roc lui-même, les colonnettes du cloître roman dont les chapiteaux rivalisent d'invention sculptée, et les bâtiments conventuels du XVIIIe siècle, augustes et inachevés, qui témoignent d'un projet de reconstruction jamais mené à terme. Chaque pierre raconte une ambition différente, un siècle différent, une foi différente. La visite commence naturellement par l'église Notre-Dame, dont la nef romane impose immédiatement son austérité lumineuse. On descend ensuite dans la crypte annulaire qui contourne l'abside — architecture rare en France — avant de gagner le cloître, véritable concentré de l'art roman provençal. La chapelle Saint-Pierre, plus ancienne encore, se niche contre le rocher comme un oratoire primitif oublié des siècles. Le panorama depuis la tour de l'Abbé, haute de 26 mètres, est l'un des plus saisissants de la région : les Alpilles à l'horizon, la plaine camarguaise striée de canaux, et au loin les toits d'Arles. Les photographes y trouvent des lumières d'or à l'heure du couchant que les peintres de la région connaissent de longue date.
Architecture
L'ensemble architectural de Montmajour se déploie en plusieurs strates chronologiques parfaitement lisibles. L'église abbatiale Notre-Dame, édifiée principalement entre le XIe et le XIIe siècle, présente un plan basilical à trois nefs dont la puissance structurelle repose sur de gros piliers cruciformes caractéristiques du roman provençal. La façade occidentale, sobre et rythmée par des lésènes, préfigure l'austérité cistercienne. Sous l'abside s'ouvre la crypte annulaire — rare en France méridionale — creusée partiellement dans le rocher calcaire : un déambulatoire circulaire entoure une chapelle centrale, baignée d'une lumière tamisée qui amplifie l'atmosphère spirituelle du lieu. Le cloître, construit au cours du XIIe siècle, est l'élément le plus séduisant de l'ensemble. Ses quatre galeries présentent des arcades en plein cintre reposant sur des colonnettes jumelles aux chapiteaux richement sculptés : entrelacs végétaux, figures humaines, créatures hybrides et scènes bibliques s'y succèdent dans un vocabulaire iconographique typique du premier art roman méridional. La tour de l'Abbé, édifiée au XIVe siècle à des fins défensives autant que de prestige, domine l'ensemble depuis ses 26 mètres de hauteur ; ses mâchicoulis et ses créneaux rappellent le contexte troublé de la guerre de Cent Ans. Contrastant avec ces volumes médiévaux, l'aile classique du XVIIIe siècle témoigne du goût néo-palladien qui prévalait sous Louis XV : grandes fenêtres à entablements, corniche régulière et plan en U destiné à encadrer une cour d'honneur qui ne fut jamais achevée. Le matériau dominant est partout la pierre calcaire blonde de Provence, qui prend des teintes d'ocre et d'or selon l'heure du jour.


