Joyau de l'architecture classique quimpéroise, cet ancien couvent des Dames de la Retraite abrite depuis la Révolution la gendarmerie du Finistère, conservant un escalier du XVIIe siècle et une clôture à grilles d'une remarquable élégance.
Au cœur de Quimper, à deux pas de la place de la Tour d'Auvergne, se dresse un édifice que peu de passants soupçonnent d'être l'un des témoins les plus intacts de l'architecture classique bretonne du XVIIIe siècle. Façades ordonnancées, cour d'honneur ceinte d'une clôture à piliers et grilles ouvragées, chapelle aux volumes exceptionnels : l'ancienne maison conventuelle des Dames de la Retraite impose une sobriété raffinée qui tranche avec l'exubérance baroque de bien des édifices religieux de la même époque. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la superposition de ses vies successives. Né de la ferveur spirituelle du Grand Siècle, conçu pour accueillir des retraitantes en quête de silence et de recueillement, il a traversé la Révolution sans être démoli, métamorphosé en caserne puis en état-major de gendarmerie sans perdre l'essentiel de son âme architecturale. Ses élévations d'origine sont remarquablement préservées, et l'escalier central du XVIIe siècle — pièce maîtresse de la distribution intérieure — témoigne encore de la qualité des artisans qui œuvrèrent ici. Pour le visiteur averti, l'édifice offre une leçon de classicisme provincial à la française : la rigueur de la composition, l'harmonie des proportions, la discrétion des ornements. La clôture sur rue, avec ses murets, ses piliers rythmés et ses grilles en fer forgé, constitue à elle seule un morceau d'anthologie de l'art urbain classique en Bretagne, rare à Quimper où la tradition gothique a longtemps dominé. L'ancienne chapelle, aujourd'hui morcelée en une dizaine de pièces réparties sur trois niveaux, attend une restauration promise par un projet ambitieux visant à lui rendre son volume originel. Lorsque ce chantier sera achevé, le monument retrouvera l'une des plus belles salles d'appareil de la ville, ouverte sur la cour d'honneur. En attendant, c'est aussi dans cet état de transition que se lit toute la densité historique du lieu : un couvent devenu forteresse de l'ordre républicain, un espace de prière converti en salle d'archives et de commandement.
L'ancienne maison conventuelle des Dames de la Retraite s'impose comme un exemple remarquable d'architecture classique française adaptée au contexte urbain breton du début du XVIIIe siècle. La composition générale obéit aux principes de l'ordonnancement classique : façades régulières, rythme strict des ouvertures, hiérarchisation claire des volumes entre corps principal, ailes et dépendances. L'ensemble présente une élégance contenue, caractéristique des établissements conventuels qui devaient allier représentation institutionnelle et modestie religieuse. L'élément le plus remarquable de l'intérieur est sans conteste l'escalier central du XVIIe siècle, conservé intact. Cette pièce de menuiserie et de maçonnerie témoigne du savoir-faire des artisans quimpérois de l'époque et constitue la colonne vertébrale de la distribution intérieure. La chapelle, bien que morcelée depuis la période révolutionnaire, conserve dans ses murs les traces de son volume initial, suffisamment généreux pour qu'un projet de restitution soit aujourd'hui envisageable. Sur trois niveaux, les cloisons ajoutées permettent encore de deviner la hauteur sous voûte et l'ambition spatiale des bâtisseurs. La clôture donnant sur la place de la Tour d'Auvergne constitue l'élément de façade urbaine le plus visible depuis l'espace public. Elle se compose de murets en maçonnerie rythmés par des piliers sobrement moulurés et complétés par des grilles en fer forgé, solution typique des établissements conventuels du XVIIIe siècle soucieux d'affirmer leur présence tout en maintenant la clôture canonique. Cet ensemble cohérent de clôture, cour d'honneur et corps de logis fait de ce monument l'un des rares témoins complets de l'architecture religieuse classique dans le centre historique de Quimper.