Ancienne loge maçonnique
Joyau néo-mauresque du Second Empire niché au cœur de Périgueux, l'ancienne loge maçonnique des Amis persévérants étonne par ses arcades géminées et ses clochetons d'inspiration balkanique — un monument unique en Dordogne.
Histoire
Au détour d'une rue du vieux Périgueux, un édifice surprend par son étrangeté souriante : des fenêtres géminées coiffées d'arcs en mitre, des colonnettes délicates, de petits clochetons encadrant un pignon soigné, et partout ce jeu de lignes brisées qui évoque les bazars d'Orient ou les palais de Sarajevo. Telle est l'ancienne loge maçonnique des Amis persévérants et l'Étoile de Vésone réunis, inaugurée en 1869, et l'un des témoignages les plus singuliers de l'architecture du Second Empire en Périgord. Ce monument se distingue d'abord par son programme décoratif délibérément hétérodoxe. Alors que la plupart des temples maçonniques de province adoptent un vocabulaire néoclassique sobre, celui de Périgueux assume une fantaisie orientalisante revendiquée : l'architecte Lambert et l'artiste Grasset ont conjugué leur talent pour offrir aux frères de la loge une façade qui, en elle-même, constitue un message symbolique. Les lignes brisées, les rinceaux, les motifs végétaux entrelacés renvoient à une cosmologie maçonnique ouverte sur toutes les traditions du monde. L'expérience de visite tient autant à l'édifice lui-même qu'à son contexte urbain. Inséré dans le tissu médiéval et Renaissance de Saint-Front, il dialogue avec les campaniles de la cathédrale voisine et les ruelles de la vieille ville. Observer les façades nord et ouest — les seules qui reçurent l'intégralité du décor — permet d'apprécier la cohérence d'un projet architectural pensé comme un manifeste esthétique autant que rituel. La dimension historique de ce lieu ajoute encore à son intérêt. Fruit de la fusion de deux loges périgordines, il concentre en ses murs plusieurs décennies de vie intellectuelle et associative du XIXe siècle, dans une ville marquée par une tradition humaniste ancienne. Son inscription aux Monuments Historiques en 1975 a consacré la valeur patrimoniale d'un édifice trop longtemps ignoré des circuits touristiques classiques.
Architecture
L'ancienne loge maçonnique de Périgueux appartient au courant de l'éclectisme orientalisant qui traverse l'architecture européenne du troisième quart du XIXe siècle. L'architecte Lambert a choisi de concentrer l'effort décoratif sur les façades nord et ouest, abandonnant à la sobriété les autres élévations — une stratégie cohérente avec l'insertion de l'édifice dans un tissu urbain dense. Ces deux façades constituent un véritable manifeste stylistique : les fenêtres de l'étage sont géminées, c'est-à-dire couplées par paires, et surmontées d'arcs en mitre soutenus par de fines colonnettes. Cette disposition, évocatrice des loggias islamiques ou des galeries dalmates, donne à l'ensemble une légèreté visuelle paradoxale malgré la robustesse de la maçonnerie. Le vocabulaire décoratif mobilisé par Grasset pour les sculptures est d'une remarquable cohérence iconographique. Les lignes brisées dominent l'ensemble, rythmant encadrements et corniches, tandis que des éléments circulaires — rosaces, médaillons — ponctuent la composition et introduisent une dynamique géométrique chère à la symbolique maçonnique. Des rinceaux et des motifs végétaux stylisés complètent ce répertoire, apportant la touche organique qui tempère la rigueur des formes angulaires. Deux clochetons flanquent le pignon central, lui conférant une silhouette urbaine reconnaissable qui évoque à la fois les minarets orientaux et les clochetons gothiques flamboyants. Si l'intérieur du temple a subi des remaniements liés aux changements successifs d'affectation, la salle principale conservait vraisemblablement le schéma canonique des temples maçonniques : orientation est-ouest, disposition en longueur avec estrade du Vénérable, dalles en damier noir et blanc, et luminaires symboliques. Les matériaux employés sont ceux de la construction périgourdine traditionnelle — moellon calcaire et pierre de taille — revêtus d'un enduit façonné pour accueillir le décor sculpté de la façade.
Personnages liés
Carte
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