Ancienne église Saint-Pierre et Saint-Paul de Mouleyrès
Vestige paléochrétien au cœur des Alyscamps, cette église fondée au Ve siècle conserve un plan tréflé rarissime et témoigne de quinze siècles de spiritualité arlésienne.
Histoire
Nichée aux abords de la nécropole antique des Alyscamps, l'ancienne église Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Mouleyrès est l'un des monuments les plus discrets et les plus éloquents d'Arles. Rescapée de siècles de destructions, de guerres et de remaniements, elle incarne à elle seule la densité historique extraordinaire de cette ville classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Ce qui rend ce lieu véritablement singulier, c'est la superposition de ses strates architecturales. Le visiteur attentif peut y lire, comme dans un palimpseste de pierre, les héritages successifs de l'Antiquité tardive, du Moyen Âge et de la Renaissance. L'ancienne nef paléochrétienne à plan tréflé — forme cruciforme caractéristique des premiers sanctuaires chrétiens — a été remployée comme sacristie lors de la reconstruction du XVIIe siècle, survivant ainsi à la démolition de 1536 sous une nouvelle identité fonctionnelle. Ce geste architectural de réemploi est d'une rare sobriété et d'une grande intelligence patrimoniale. Le site s'inscrit dans le vaste ensemble funéraire des Alyscamps, cette nécropole antique et médiévale qui fascinait déjà Dante et Van Gogh. En compagnie de l'église Saint-Honorat et de la chapelle de la Genouillade, Saint-Pierre-et-Saint-Paul constitue l'un des derniers témoins bâtis des multiples chapelles qui ponctuaient jadis ce chemin sacré. Le prieuré qui la jouxte au sud, agrandi au XIXe siècle, rappelle la vocation monastique qui a longtemps animé ces lieux. La visite récompense les amateurs d'architecture ancienne, d'histoire religieuse et d'archéologie. Loin de l'agitation du centre-ville, le site offre une atmosphère de recueillement rare, propice à la méditation sur les origines chrétiennes de la Provence romaine. Photographes et passionnés de patrimoine y trouveront une matière exceptionnelle, notamment dans les jeux de lumière sur les pierres de taille ocre du Midi.
Architecture
L'édifice tel qu'on peut le voir aujourd'hui résulte de la reconstruction entreprise à la charnière des XVIe et XVIIe siècles, tout en intégrant des éléments d'une extrême ancienneté. La nef principale, construite ou reconstruite à cette époque, adopte un plan simple à vaisseau unique, typique de l'architecture religieuse rurale de Provence, avec une orientation liturgique est-ouest et une abside semi-circulaire à l'orient. Les matériaux employés sont ceux de la tradition constructive locale : pierres de taille calcaire extraites des carrières des Alpilles ou de la région d'Arles, aux reflets dorés caractéristiques du bâti ancien de la ville. L'élément le plus précieux du site sur le plan architectural est sans conteste la partie paléochrétienne à plan tréflé, aujourd'hui remployée en sacristie. Ce dispositif trilobé, aux absides tangentes formant un trèfle, est l'une des rares survivances en Provence d'une architecture de dévotion funéraire de l'Antiquité tardive. Ses maçonneries, d'une facture plus irrégulière que celles du XVIIe siècle, conservent la mémoire des techniques constructives des premiers siècles chrétiens. Au sud de l'église s'étend le corps de bâtiment du prieuré, remanié et agrandi au XIXe siècle selon une architecture sobre et fonctionnelle, sans prétention stylistique marquée, qui contraste avec l'ancienneté de la chapelle. L'ensemble forme un îlot de calme et d'histoire à proximité immédiate des Alyscamps, dont il constitue, avec l'église Saint-Honorat, l'un des points d'ancrage archéologique et spirituel les plus significatifs.


