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Ancienne colonie agricole et pénitentiaire, Mettray, Centre-Val de Loire

Ancienne colonie agricole et pénitentiaire

Monument

Aux portes de Tours, l'ancienne colonie pénitentiaire de Mettray fascine par son histoire trouble : premier laboratoire mondial de rééducation de l'enfance, imaginé au XIXe siècle entre utopie philanthropique et enfermement.

Ancienne colonie agricole et pénitentiaire, Mettray, Centre-Val de Loire

© Wikimedia Commons

Histoire

Nichée dans la Touraine rurale, à quelques kilomètres au nord de Tours, l'ancienne colonie agricole et pénitentiaire de Mettray constitue l'un des témoignages les plus singuliers et les plus ambivalents de l'histoire sociale et architecturale du XIXe siècle français. Fondée en 1839 sous l'impulsion du magistrat philanthrope Frédéric-Auguste Demetz, elle fut conçue comme une réponse audacieuse à la misère de l'enfance délinquante, à une époque où prisons et bagnes accueillaient pêle-mêle adultes criminels et jeunes vagabonds sans distinction d'âge ni de condition. Ce qui rend Mettray absolument unique dans le panorama du patrimoine français, c'est sa double nature irréductible : à la fois institution bienveillante et lieu de contrainte, ferme modèle et maison de correction, communauté fraternelle et dispositif de surveillance totale. Le philosophe Michel Foucault l'a rendue célèbre dans le monde entier en la citant comme l'incarnation parfaite du « pouvoir disciplinaire » dans son œuvre majeure *Surveiller et Punir* (1975), faisant de ce domaine tourangeau un objet d'étude mondial en sciences humaines. L'organisation spatiale du site reflète ce projet total : des pavillons disposés autour d'une cour centrale, une chapelle en axis, un corps de ferme à l'arrière — tout concourt à créer un microcosme autosuffisant où le travail de la terre devait, dans l'esprit de ses fondateurs, régénérer l'âme des jeunes détenus. La célèbre « maison paternelle », destinée aux enfants récalcitrants des familles bourgeoises, ajoute une dimension de classe sociale particulièrement révélatrice. Aujourd'hui inscrit aux Monuments Historiques depuis 2003, le site est dans un état de conservation partiel, entre ruines romantiques et bâtiments réhabilités. Il attire photographes, historiens, chercheurs en sciences sociales et curieux de cette France oubliée, celle des marges et des institutions totalitaires, si éloignée des châteaux de la Loire voisins et pourtant tout aussi révélatrice d'une époque.

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