
Ancienne collégiale Sainte-Menehould, actuelle église Saint-Sulpice
Au pied d'un château féodal du Berry, cette ancienne collégiale du XIIe siècle fascine par ses somptueuses voûtes angevines à huit quartiers et l'élégance rare de son avant-chœur gothique flamboyant.

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Histoire
Nichée au cœur de Palluau-sur-Indre, dans ce Berry profond que les voyageurs traversent trop souvent sans s'arrêter, l'ancienne collégiale Sainte-Menehould — aujourd'hui église Saint-Sulpice — est l'un de ces monuments qui récompensent la curiosité. Fondée sans doute à l'initiative d'un seigneur de Palluau, elle s'est développée pendant quatre siècles sous l'autorité directe de l'archevêque de Bourges, accueillant un chapitre de chanoines séculiers dont la présence a imprimé à l'édifice une ambition artistique que la discrétion de la commune ne laisse pas soupçonner. Ce qui rend cet édifice véritablement singulier, c'est la coexistence de deux logiques spatiales et décoratives qui se fondent en un tout remarquablement harmonieux. La nef romane, avec ses masses puissantes héritées du XIIe siècle, cède progressivement la place à un espace gothique d'une légèreté saisissante, fruit des campagnes de reconstruction menées entre la fin du XIVe siècle et les premières décennies du XVIe. Les voûtes angevines à huit quartiers qui couvrent la nef constituent à elles seules un chef-d'œuvre de géométrie médiévale, leur nervures rayonnantes créant un effet de voûte céleste que peu d'édifices ruraux peuvent se targuer d'offrir. L'avant-chœur prolonge cette expérience avec ses voûtes à six quartiers rehaussées d'une lierne centrale, détail technique qui trahit la main d'un maître d'œuvre ambitieux, soucieux d'introduire la modernité du gothique flamboyant dans un édifice plus ancien. Le visiteur attentif notera la qualité de la transition entre les différentes campagnes de construction, signe d'une continuité de vision architecturale rare pour un édifice de cette envergure. Le cadre extérieur n'est pas en reste : implantée au pied des ruines du château féodal, la collégiale s'inscrit dans un paysage médiéval encore lisible, où la relation entre le pouvoir seigneurial et la vie religieuse demeure perceptible dans la topographie même du bourg. Pour le photographe, le promeneur ou le passionné d'histoire, Palluau-sur-Indre offre une plongée authentique dans le Moyen Âge berrichon, loin des foules et des circuits touristiques balisés.
Architecture
L'édifice appartient à cette tradition gothique du Berry angevinisé qui caractérise de nombreuses églises de la vallée de l'Indre : un gothique de raison plutôt que de démesure, où la maîtrise technique prévaut sur l'effet spectaculaire. Le plan, en longueur sur un axe est-ouest, se développe en trois séquences emboîtées : une nef à vaisseau unique de trois travées, un avant-chœur de trois travées flanqué de chapelles latérales, et un chœur liturgique terminant l'ensemble. La signature architecturale la plus remarquable de l'édifice réside dans ses systèmes de voûtement. La nef est couverte de voûtes d'ogives à huit quartiers dites angevines, dont les nervures multiples partent d'un même point pour dessiner une étoile complexe sur fond de pierre. Cette technique, perfectionnée dans l'Anjou Plantagenêt puis diffusée vers le sud au fil des chantiers gothiques, est ici exécutée avec une rigueur qui révèle l'intervention d'un atelier spécialisé. L'avant-chœur présente quant à lui des voûtes à six quartiers enrichies d'une lierne — nervure supplémentaire qui relie les clés de voûte et crée un motif décoratif supplémentaire, annonçant les recherches du gothique flamboyant tardif. Le clocher, dont la base remonte au XIIe siècle roman, constitue l'élément le plus ancien visible en élévation. Le chœur, bien que son décor ait été partiellement altéré, conservait à l'origine un programme iconographique complet : six statues sous des dais sculpturaux et des vitraux figuratifs consacrés à la vie du Christ, ensemble d'une cohérence thématique typique des programmes décoratifs de la fin du XVe siècle en Berry.


