Discrète mais chargée d'histoire royale, la chapelle Saint-Yves de Rennes conserve le souvenir du mariage d'Anne de Bretagne et de Charles VIII, dans son écrin gothique flamboyant du XVIe siècle.
Au cœur de Rennes, nichée dans le tissu urbain dense du vieux centre, la chapelle Saint-Yves est l'un de ces monuments que l'on pourrait presque manquer, et que l'on ne devrait surtout pas. Sobre et ramassée, elle porte dans ses pierres l'une des mémoires les plus romanesques de la Bretagne : celle du mariage d'Anne de Bretagne, dernière duchesse souveraine, et du roi de France Charles VIII. Un événement fondateur, scellé dans l'intimité de ces murs, qui allait lier pour toujours le destin de la Bretagne à celui de la France. Ce qui distingue immédiatement cet édifice, c'est la qualité de sa façade à pignon, remarquable exemple de l'art gothique tardif breton tel qu'il se pratiquait au tournant des XVe et XVIe siècles. La porte d'entrée, à arc surbaissé et accoladé, frappe par son élégance contenue, encadrée de moulures finement ciselées. Au-dessus, trois niches vides — dont les statues ont disparu au fil des siècles — confèrent à la façade une majesté silencieuse, une beauté à la fois austère et racée, toute bretonne dans son refus de l'ornement superflu. La chapelle appartenait autrefois à un hospice, et sa situation primitive, face à la Vilaine, lui donnait une présence toute différente de celle qu'elle offre aujourd'hui. Les transformations urbaines successives ont réaménagé ses abords, mais n'ont pas entamé l'intégrité de sa nef rectangulaire, longtemps préservée du fait même de son usage hospitalier puis de sa protection au titre des Monuments Historiques dès 1945. Visiter la chapelle Saint-Yves, c'est accepter de ralentir et d'écouter les pierres. La visite ne requiert pas des heures, mais exige une attention particulière aux détails sculptés, à la sobriété du plan, à cette façade qui parle à voix basse d'une Bretagne fière et d'une union dynastique qui changea le cours de l'histoire. Pour les amateurs d'architecture médiévale, d'histoire royale et de patrimoine breton authentique, c'est une étape incontournable dans la découverte du vieux Rennes.
La chapelle Saint-Yves s'inscrit dans la tradition du gothique flamboyant breton tel qu'il s'épanouit au tournant des XVe et XVIe siècles, caractérisé par une sobriété ornementale qui tranche avec les exubérances de certaines grandes cathédrales continentales. Le plan de l'édifice est d'une grande simplicité fonctionnelle : une nef unique rectangulaire, sans collatéraux ni transept, reflet de sa vocation à la fois cultuelle et hospitalière. Cette sobriété de plan, loin d'être un manque, confère à l'ensemble une cohérence et une lisibilité architecturale remarquables. La façade principale constitue le véritable joyau du monument. Organisée en pignon, elle présente en son centre une porte d'entrée à arc surbaissé et accoladé, motif caractéristique du gothique tardif où la courbe de l'arc s'aplatit et se rehausse d'un couronnement en accolade aux volutes élégantes. Ce traitement de la porte, d'une grande finesse d'exécution, témoigne du savoir-faire des tailleurs de pierre bretons de l'époque. Au-dessus de cette entrée, trois niches superposées ou disposées en registre accueillaient autrefois des statues — sans doute du saint patron et de figures dévotes — dont la disparition laisse aujourd'hui des alcôves aux silhouettes gothiques finement moulurées. Les matériaux employés sont ceux de la tradition constructive rennaise et bretonne : le granite local, pierre dure et noble, dont la teinte grise confère à l'édifice sa sévérité caractéristique. La toiture, à deux pans sur la nef, adopte la pente forte typique des régions à forte pluviométrie. L'ensemble, par ses proportions maîtrisées et la qualité de sa mise en œuvre, constitue un témoignage précieux de l'architecture religieuse urbaine bretonne du début du XVIe siècle.
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