
Ancienne chapelle de Boisseleau
Nichée à Droué, cette chapelle romano-gothique abrite un lambris daté de 1572 aux armes abbatiales et de rares peintures murales des Trois Marie — un joyau discret du prieuré bénédictin de Boisseleau.

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Histoire
Au cœur du Vendômois, à l'écart des grands circuits touristiques, l'ancienne chapelle de Boisseleau révèle à qui sait la chercher une stratification architecturale d'une rare cohérence. Héritière d'un prieuré bénédictin fondé au Moyen Âge, elle concentre en un seul édifice quatre siècles de dévotion, d'art et d'histoire seigneuriale, de la sobriété romane du XIIe siècle à l'élégance décorative de la Renaissance. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la coexistence intime de deux temporalités architecturales : une nef romane aux volumes maîtrisés, close par une abside en cul-de-four, et un bas-côté Renaissance construit en 1537 à l'usage de la chapelle seigneuriale. Les trois pignons à crochets qui couronnent ce bas-côté au nord donnent à l'ensemble une silhouette insolite et pittoresque, bien caractéristique de la transition entre gothique tardif et première Renaissance ligérienne. L'intérieur réserve de belles surprises. Le lambris qui couvre la nef, portant fièrement la date de 1572 et les armoiries supposées de l'abbesse de Saint-Avit, témoigne du soin apporté par les commanditaires à la décoration de cet espace liturgique. Mais c'est peut-être sur les murs de l'abside que le regard s'attarde le plus : de fragiles traces de peintures du XVIe siècle représentant les Trois Marie y subsistent, comme une fenêtre ouverte sur la piété et l'iconographie de la Renaissance provinciale. Visiter Boisseleau, c'est expérimenter une forme de contemplation archéologique. L'édifice, classé monument historique par inscription depuis 1973, se laisse parcourir lentement, dans la quiétude d'un site préservé du Loir-et-Cher. Les amateurs d'architecture médiévale et Renaissance, les passionnés d'histoire monastique et les photographes à la recherche de lumières douces filtrées par de petites ouvertures romanes y trouveront ample matière à fascination.
Architecture
L'ancienne chapelle de Boisseleau offre un plan caractéristique des chapelles priorales rurales du XIIe siècle : une nef unique orientée est-ouest, close à l'est par une abside semi-circulaire couverte d'un cul-de-four, voûte en quart de sphère typique de l'architecture romane. Les murs de la nef, construits en moellons de calcaire du pays selon la tradition constructive du Loir-et-Cher, présentent l'épaisseur et la solidité propres aux édifices monastiques de cette époque. L'adjonction du bas-côté nord au XVIe siècle (1537) introduit un vocabulaire architectural différent, caractéristique du gothique tardif à influence Renaissance. Les trois travées de ce bas-côté, couvertes d'un lambris, s'ouvrent sur la nef par des arcades dont la découpe témoigne du savoir-faire des tailleurs de pierre régionaux. À l'extérieur, trois pignons à crochets — ornement gothique flamboyant par excellence — couronnent le bas-côté, créant une silhouette rythmée et animée qui contraste avec la sévérité romane du corps principal. L'intérieur conserve deux ensembles décoratifs d'exception : le lambris de la nef, daté 1572, constitue une surface peinte et sculptée d'une grande qualité artisanale, portant des armoiries abbatiales ; et les fragments de peintures murales sur l'abside représentant les Trois Marie, scène évangélique fréquente dans l'iconographie du XVIe siècle provincial, exécutée à la détrempe sur enduit. Ces deux éléments confèrent à l'édifice une densité décorative remarquable pour une chapelle rurale.


