
Ancienne aumônerie
Édifiée en 1415 pour accueillir les pèlerins démunis, cette aumônerie médiévale de Sainte-Catherine-de-Fierbois aurait pu abriter Jeanne d'Arc lors de son passage vers Chinon — un édifice modeste chargé d'une histoire extraordinaire.

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Histoire
Dans le bourg paisible de Sainte-Catherine-de-Fierbois, en Indre-et-Loire, se dresse un édifice discret que l'on pourrait presque manquer au détour de la rue : l'ancienne aumônerie, construite au tout début du XVe siècle pour offrir gîte et réconfort aux pèlerins en route vers le sanctuaire de sainte Catherine. Derrière sa façade sobre et son haut comble caractéristique de l'architecture médiévale tourangelle, ce bâtiment recèle une charge historique et spirituelle considérable. Ce qui rend ce lieu véritablement unique, c'est le lien ténu mais bouleversant qui l'unit à l'une des figures les plus célèbres de l'histoire de France : Jeanne d'Arc. En février 1429, la Pucelle d'Orléans traversa ce village pour se rendre à Chinon afin de rencontrer le dauphin Charles. Elle aurait pu trouver refuge dans ces murs mêmes, parmi les pèlerins anonymes qui s'y abritaient chaque nuit. Une proximité avec la grande Histoire qui confère à cet édifice une aura particulière, presque tangible. L'expérience de visite de l'aumônerie est avant tout une invitation à la contemplation et à l'imagination. Si l'intérieur a subi des transformations au fil des siècles, le volume extérieur du bâtiment — avec son rez-de-chaussée massif couronné d'un haut comble — demeure fidèle à l'esprit de l'architecture charitable médiévale. On perçoit encore, dans les proportions de la bâtisse, la vocation première d'un lieu conçu pour l'accueil, la chaleur humaine et la solidarité chrétienne. Le cadre du village de Sainte-Catherine-de-Fierbois enrichit la visite d'un contexte exceptionnel. L'église paroissiale toute proche, elle aussi intimement liée à la légende johannique — c'est ici que fut retrouvée l'épée de Jeanne, miraculeusement exhumée derrière l'autel —, compose avec l'aumônerie un ensemble patrimonial d'une cohérence remarquable. Se promener dans ce village, c'est arpenter les traces d'un pèlerinage médiéval encore vivant.
Architecture
L'ancienne aumônerie de Sainte-Catherine-de-Fierbois présente la volumétrie caractéristique des édifices d'accueil médiévaux de la région tourangelle : un corps de bâtiment allongé organisé sur un rez-de-chaussée unique, surmonté d'un haut comble à forte pente qui constitue l'élément architectural le plus distinctif de l'ensemble. Ce comble imposant, typique de l'architecture civile du Val de Loire au XVe siècle, témoigne du souci de maximiser l'espace intérieur utilisable sous les toits, où les pèlerins pouvaient trouver place pour la nuit. La façade extérieure, sobre et fonctionnelle, reflète la destination charitable du bâtiment, dépourvu des ornements qui caractérisent l'architecture religieuse ou seigneuriale de la même époque. Les murs, vraisemblablement en moellons de tuffeau — pierre calcaire tendre abondamment utilisée dans le Chinonais et la Touraine — s'inscrivent dans la tradition constructive locale avec ses jeux de teintes claires et chaudes. Les percements, de dimensions mesurées, assurent un éclairage suffisant sans compromettre la robustesse de l'ensemble. L'intérieur, malheureusement, a été totalement modifié au cours des siècles d'usage successifs, ne conservant plus rien de son aménagement médiéval d'origine. On ne peut que supposer l'existence d'une grande salle commune au rez-de-chaussée, destinée à l'accueil et aux repas des pèlerins, et d'un dortoir aménagé sous les combles, configuration typique des aumôneries médiévales bien documentées en France. Malgré ces transformations, le volume bâti dans son ensemble demeure un témoignage authentique de l'architecture charitable du début du XVe siècle.


