
Ancien prieuré de Saint-Genest
Vestige énigmatique d'un prieuré carolingien en Touraine, l'abside polygonale de Saint-Genest à Perrusson révèle mille ans d'architecture sacrée, couronnée d'un exceptionnel puits Renaissance aux mascarons sculptés.

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Histoire
Aux portes de la vallée de l'Indre, dans la campagne tranquille de Perrusson, se dressent les murs silencieux de l'ancien prieuré de Saint-Genest : un fragment de pierre et de mémoire qui condense à lui seul près de douze siècles d'histoire religieuse tourangelle. Ce qui subsiste — l'abside polygonale de la chapelle priorale, ses contreforts érodés et ses fenêtres murées — suffit pourtant à susciter une émotion architecturale rare, celle que procurent les ruines sincères, sans reconstitution ni artifice. La lecture des maçonneries est ici une leçon d'histoire à ciel ouvert. Le soubassement en petit appareil de pierre, soigneusement agencé, trahit une construction haute médiévale, peut-être carolingienne, tandis que les arases supérieures, refaites au XVe siècle, témoignent des reconstructions successives qui rythmèrent la vie de ce petit établissement monastique. Chaque assise raconte une époque, chaque fenêtre bouchée une transformation liturgique ou défensive. À quelques pas de l'abside, un puits à margelle du XVIe siècle s'impose comme le véritable joyau du site. Décoré de pilastres cannelés et de mascarons expressifs, il appartient à cette tradition Renaissance qui transforma même les ouvrages utilitaires en œuvres d'art. Sa présence inattendue au milieu des ruines évoque les fastes d'une communauté priorale qui, à la fin du Moyen Âge, cherchait encore à embellir son cadre de vie. Le lieu se visite avec recueillement et curiosité. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1928, il attire les amateurs de patrimoine rural, les photographes en quête de lumières rasantes sur la pierre ancienne, et tous ceux que fascine la stratigraphie visible des civilisations. La végétation qui dispute à la pierre son empire ajoute une dimension romantique à l'ensemble.
Architecture
L'essentiel des vestiges conservés est constitué par l'abside polygonale de la chapelle priorale, plan caractéristique des édifices romans et gothiques de l'Ouest de la France. Cette abside à pans coupés, dont le nombre de côtés reste fidèle aux traditions constructives de la région tourangelle, est renforcée par des contreforts plats dont l'état délabré témoigne néanmoins de la solidité de la conception d'origine. Le petit appareil de pierre calcaire, visible à la base des murs, est l'un des marqueurs les plus éloquents de l'ancienneté de la construction : cette technique, héritée de l'Antiquité tardive et très prisée des bâtisseurs préromans, contraste nettement avec les parties supérieures en moyen ou grand appareil, ajoutées ou reconstruites au XVe siècle selon les normes gothiques en vigueur. Les fenêtres murées, dont les arcs en plein cintre évoquent le vocabulaire roman du XIe siècle, constituent un témoignage précieux de l'état de la chapelle avant ses remaniements tardifs. Leur obturation progressive traduit les modifications liturgiques ou les nécessités défensives d'une époque troublée. La partie supérieure de l'abside, reconstruite au XVe siècle, adopte une mouluration plus sobre, typique du gothique finissant tourangeau. Le puits à margelle Renaissance, situé à proximité immédiate de la chapelle, est l'élément le mieux conservé et le plus ornemental du site. Sa margelle en calcaire tuffeau — matériau emblématique du Val de Loire — est rythmée par des pilastres à chapiteaux ioniques ou composites encadrant des mascarons sculptés, visages expressifs dont la facture rappelle les ateliers actifs sur les chantiers ligériens du début du XVIe siècle. Cet ouvrage utilitaire élevé au rang d'œuvre d'art incarne à lui seul la diffusion du vocabulaire Renaissance dans le patrimoine rural tourangeau.


