Au cœur de Dinard, les ruines de ce prieuré du XIVe siècle abritent de saisissants gisants armoriés des fondateurs de Montfort — témoignage rare de la sculpture funéraire médiévale bretonne.
Dissimulé dans le tissu urbain de Dinard, l'ancien prieuré fondé au début du XIVe siècle constitue l'une des plus précieuses reliques médiévales de la côte d'Émeraude. Loin de l'image d'Épinal de la station balnéaire victorienne, ce site transporte le visiteur dans une Bretagne bien plus ancienne, celle des seigneurs en armure et des chapelles claustrales où la pierre parle encore. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, ce sont ses enfeux — ces niches funéraires aménagées dans les murs de la chapelle ruinée — qui conservent les tombeaux de la famille de Montfort, ses fondateurs. Sous des arcatures trilobées d'une élégance sobre, les gisants reposent dans une immobilité solennelle : armures ciselées, épées au flanc, gantelets croisés, boucliers armoriés. Quatre angelots agenouillés aux angles de chaque sépulture veillent sur le sommeil éternel des chevaliers, ajoutant une touche de tendresse mystique à l'ensemble. La visite de ces ruines offre une expérience méditative et intime, à rebours du tourisme de masse. Le visiteur attentif y perçoit la qualité du travail des tailleurs de pierre bretons du XIVe siècle : les détails des coiffures sculptées — cheveux enroulés reposant sur un coussin — ou les tortils de baron ornant les têtes révèlent un art funéraire raffiné, soucieux d'affirmer le rang et la piété de ses commanditaires. Le cadre environnant, entre mer et architecture balnéaire, crée un contraste saisissant qui renforce la charge émotionnelle du lieu. Ces vestiges, inscrits aux Monuments Historiques depuis 1942, rappellent que Dinard possède une mémoire bien antérieure à ses villas Belle Époque et à ses plages de renommée internationale.
L'ancien prieuré de Dinard relève du gothique breton flamboyant tardif dans sa composante la plus sobre, héritier direct des traditions constructives du duché au XIVe siècle. La chapelle, aujourd'hui en ruines partielles, présentait un plan allongé orienté est-ouest, typique des chapelles claustrales monastiques de cette époque et de cette région. Les matériaux employés sont vraisemblablement le granite local, pierre de prédilection des bâtisseurs bretons, connu pour sa résistance mais aussi pour la difficulté qu'il oppose au ciseau des sculpteurs — ce qui rend d'autant plus remarquable la finesse des travaux funéraires conservés. Les éléments architecturaux les plus précieux sont sans conteste les enfeux aménagés dans les murs de la chapelle. Chaque niche est surmontée d'une arcature trilobée — motif gothique par excellence, associant la grâce décorative à une symbolique trinitaire — encadrant les gisants dans une composition hiératique et équilibrée. Les statues funéraires, taillées avec un souci du détail remarquable, montrent les deux chevaliers en tenue de guerre complète : armures articulées, épées au côté, gantelets croisés sur la poitrine et boucliers armoriés permettant d'identifier les défunts. Les têtes, coiffées de tortils de baron, reposent sur des coussins sculptés aux cheveux délicatement enroulés, selon une iconographie funéraire aristocratique répandue dans l'Occident médiéval du XIVe siècle. Aux quatre angles de chaque tombeau, de petits anges agenouillés — les « anges pleurants » ou weepers — parachèvent l'ensemble dans une tradition commune aux grandes sépultures royales et princières de l'époque.
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