
Ancien manoir, dit Porte de la Perrine
Aux portes de Morée, la Porte de la Perrine dévoile un double portail à bossages du XVIIe siècle coiffé d'un fronton triangulaire, vestige éloquent d'un manoir seigneurial englouti par les siècles.

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Histoire
Au cœur du Vendômois, à la sortie de la petite ville de Morée en Loir-et-Cher, la Porte de la Perrine constitue l'un de ces fragments de l'histoire seigneuriale française que l'on découvre presque par accident, au détour d'un chemin de campagne. Ce qui subsiste aujourd'hui d'un vaste domaine autrefois florissant — la Grande et la Petite Perrine — est à la fois humble et saisissant : un enclos rectangulaire ceint de murs épais, trois tours de défense encore debout, et surtout ce double portail monumental qui impose sa présence avec une dignité intacte. La Porte de la Perrine tire son caractère distinctif de son portail du XVIIe siècle, composé de deux ouvertures cintrées ornées de bossages de pierre soigneusement appareillés. La plus grande de ces entrées est couronnée d'un fronton triangulaire à corniche moulurée, au centre duquel un panneau rectangulaire en relief apporte une touche de noblesse classique. Cet assemblage architectonique témoigne du goût de la noblesse provinciale pour les signes extérieurs du rang, empruntés au vocabulaire classique sans jamais verser dans l'ostentation. Visiter la Porte de la Perrine, c'est accepter de lire un paysage en creux. Le manoir de la Grande Perrine a disparu, la ferme de la Petite Perrine également. Il ne reste que cette armature défensive — murs, tours, portail — qui délimitait autrefois la vie d'un domaine agricole et seigneurial actif. Les bâtiments encore présents dans la cour close pourraient être les derniers lambeaux du corps de logis principal, transformés ou réduits au fil du temps. Ce mystère architectural confère au lieu une atmosphère particulière, propice à la méditation sur la fragilité des choses construites. Le cadre environnant renforce ce sentiment de retrait hors du temps. Morée, bourg modeste de la Beauce blésoise, est entourée de plaines agricoles qui donnent au domaine de la Perrine une solitude presque mélancolique. Au printemps, lorsque la végétation reprend ses droits sur les pierres grises, les trois tours d'angle émergent de la verdure avec une grâce toute romantique. C'est là un monument pour amateurs éclairés, pour ceux qui préfèrent la résonance intime d'un lieu à la grandeur spectaculaire des forteresses célèbres.
Architecture
L'ensemble architectural de la Perrine se présente comme un enclos rectangulaire ceint de murs maçonnés, renforcé à ses angles ou en des points stratégiques par trois tours de défense circulaires ou polygonales, typiques des dispositifs défensifs ornementaux du XVIIe siècle provincial. Ces tours, aux dimensions modestes, assurent autant une fonction symbolique de délimitation seigneuriale qu'une véritable protection militaire, dans un contexte où les troubles des guerres de Religion s'estompaient progressivement. La pièce maîtresse du site est incontestablement le double portail monumental. Composé de deux ouvertures à arcs en plein cintre, il est orné de bossages de pierre alternés — ces saillies régulières du parement qui confèrent aux voussures un aspect rythmé et robuste, caractéristique du vocabulaire classique français du Grand Siècle. La plus grande des deux baies, destinée au passage des équipages, est surmontée d'un fronton triangulaire à corniche moulurée. Au centre du tympan, un panneau rectangulaire en relief, probablement destiné à recevoir des armoiries ou une inscription dédicatoire, apporte une note héraldique et personnalisée à l'ensemble. La seconde ouverture, plus étroite, était vraisemblablement réservée aux piétons. Les matériaux mis en œuvre sont ceux de la tradition constructive locale du Loir-et-Cher : pierre de tuffeau ou calcaire tendre de la région, facile à travailler et permettant les détails sculptés observables sur les bossages et la corniche. Les bâtiments encore présents dans la cour close adoptent une architecture sobre et fonctionnelle, sans ornement particulier, qui contraste avec la solennité étudiée du portail d'entrée.


