Aux confins du Trégor, Kermathéman Braz dévoile en un seul édifice la mutation stylistique du XVIe siècle breton : gothique flamboyant au nord, Renaissance triomphante à l'ouest, réunis par une élégante tour octogonale.
Dissimulé dans le bocage des Côtes-d'Armor, à Pédernec, le manoir de Kermathéman Braz est l'un de ces joyaux discrets que la Bretagne intérieure réserve aux curieux. Loin de la côte et des circuits touristiques balisés, il incarne avec une rare éloquence la tension créatrice qui traversa l'architecture seigneuriale bretonne tout au long du XVIe siècle, lorsque les maîtres d'ouvrage hésitaient encore entre la verticalité gothique et la nouvelle grammaire venue d'Italie. Ce qui frappe d'emblée, c'est la lisibilité de cette évolution sur un seul et même bâtiment. La façade nord, édifiée dans les années 1520-1530, parle encore la langue du gothique flamboyant : moulures nerveuses, remplages délicats, fenêtres à accolades. La façade ouest, elle, s'exprime en une Renaissance maîtrisée, avec ses proportions apaisées, ses encadrements horizontaux et ses ornements classicisants. Entre ces deux temporalités, l'aile en retour datée 1584 complète le tableau, offrant au visiteur une véritable leçon d'histoire de l'art en pierre de granit gris. L'expérience de visite tient autant à l'architecture qu'à l'atmosphère. La cour intérieure, cernée de dépendances — longère à l'est, ancienne maison à four et écuries encadrant le portail au nord — restitue l'organisation complète d'un domaine seigneurial rural du XVIe siècle. On devine la vie qui s'y déroulait : l'agitation de la basse-cour, la chaleur du four banal, le passage des chevaux sous le porche. À l'intérieur, les cheminées constituent le trésor le plus intime du manoir. Caractéristiques des demeures du Penthièvre et du Trégor, elles combinent sobriété structurelle et raffinement décoratif, avec leurs hottes droites et leurs piédroits soigneusement appareillés. L'escalier en vis logé dans la tour octogonale — chef-d'œuvre de compacité géométrique à l'angle des deux corps — dessert avec fluidité les étages et le comble, rythmant la montée d'un mouvement continu et presque hypnotique. Kermathéman Braz s'adresse à qui aime les monuments vivants, ceux qui n'ont pas été trop polis par la restauration. Sa rugosité granitique, sa courbe douce dans le paysage végétal du Goëlo intérieur et la précision de ses détails sculptés en font une destination à part, réservée aux vrais amateurs de patrimoine.
Le manoir de Kermathéman Braz obéit à un plan en L caractéristique des demeures seigneuriales bretonnes de la Renaissance, où le corps de logis principal s'étend selon un axe nord-sud tandis qu'une aile en retour vient fermer l'angle à l'est. L'ensemble est intégralement construit en pierre de taille de granit gris, matériau dominant du sous-sol armoricain qui confère aux façades une gravité minérale et une solidité à toute épreuve. Les deux façades principales révèlent leur double appartenance stylistique : la façade nord, la plus ancienne (vers 1520-1530), conserve les marqueurs du gothique flamboyant — moulures complexes, fenêtres à meneau, accolades ornées — tandis que la façade ouest affiche un répertoire résolument renaissant, avec ses encadrements à crossettes, ses proportions équilibrées et son horizontalité affirmée. L'élément architectonique le plus remarquable est sans conteste la tour octogonale logée dans l'angle rentrant des deux corps. Ce dispositif, fréquent dans les châteaux et manoirs bretons de la période, concentre ici toute l'ingéniosité du maître maçon : le polygone régulier s'inscrit parfaitement dans la géométrie de l'équerre, permettant à l'escalier en vis de desservir les deux niveaux habitables et le comble avec une économie de moyens admirable. Les cheminées intérieures constituent un autre point fort du bâtiment. Celles des salles basse et haute du corps principal datent du XVIe siècle et témoignent du savoir-faire des chemineurs du Penthièvre et du Trégor, avec leurs proportions généreuses, leurs hottes à profil soigné et leurs piédroits appareillés avec soin. L'aile de 1584 présente quant à elle des cheminées à hottes droites plus sobres, représentatives de l'évolution vers un classicisme tempéré. La cour, bordée à l'est d'un long bâtiment de dépendances et encadrée au nord par l'ancienne maison à four et les écuries, complète le dispositif en restituant l'organisation complète d'un domaine agricole noble du XVIe siècle.
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