
Ancien hôtel Saint-Pol ou maison dite de François Ier
Au cœur de Romorantin, cette demeure du début du XVIe siècle fascine par sa façade en losanges de briques émaillées vertes et sa légende royale : François Ier y aurait reçu un tison enflammé sur la tête en 1521.

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Histoire
Nichée dans le tissu urbain de Romorantin-Lanthenay, la maison dite de François Ier est l'une des rares demeures du premier quart du XVIe siècle à avoir conservé, presque intacte, une façade où la pierre et la brique dialoguent selon un art décoratif d'une subtilité remarquable. Loin de la grandiloquence des châteaux de la Loire tout proches, elle incarne une architecture bourgeoise et raffinée, héritière directe du goût nouveau que la Renaissance naissante insufflait aux villes du Val de Loire. Ce qui rend cette maison véritablement unique, c'est son parement en losanges formés par des briques émaillées d'un vert profond, alternant avec la brique ordinaire dans un camaïeu subtil. Ce procédé décoratif, rare dans la région, témoigne d'une maîtrise artisanale exceptionnelle et d'une sensibilité esthétique déjà tournée vers l'ornement à l'italienne, sans pour autant renier les traditions constructives ligériennes. La tourelle en saillie au second étage, vestige de ce qui fut probablement un escalier hors-œuvre partant du rez-de-chaussée, ajoute au caractère pittoresque de l'ensemble. Visiter cette maison, c'est aussi marcher sur les traces d'une anecdote savoureuse et bien ancrée dans la mémoire locale : celle du jeune roi François Ier recevant, depuis l'une des fenêtres, un tison enflammé projeté par un farceur lors de la fête des Rois du 6 janvier 1521. La tradition veut que l'incident lui ait laissé une cicatrice au visage, expliquant pourquoi le souverain porta la barbe le reste de sa vie. Vraie ou enjolivée, cette histoire donne à la façade une saveur narrative incomparable. Le cadre urbain de Romorantin, ancienne capitale du Loir-et-Cher aux multiples maisons à colombages et hôtels de la Renaissance, renforce l'intérêt de la visite. L'édifice s'inscrit dans un parcours patrimonial cohérent, à quelques minutes à pied du musée de Sologne et des berges de la Sauldre. Pour le promeneur attentif, la façade rue se lit comme un manifeste discret d'une époque charnière, celle où la France des châteaux royaux commençait à irriguer l'architecture civile de ses ambitions nouvelles.
Architecture
La façade sur rue de la maison dite de François Ier constitue un exemple rare et précieux de l'architecture civile du premier quart du XVIe siècle en région ligérienne. Elle marie deux matériaux — la pierre de taille blanche et la brique — selon un programme décoratif savamment orchestré. La brique, utilisée en remplissage, est agencée en grands losanges dont certains éléments sont recouverts d'un émail vert, créant un effet bicolore d'une grande sophistication. Ce traitement émaillé, peu courant dans l'architecture française de cette époque, évoque des influences flamandes ou italiennes du Nord, et témoigne d'une volonté d'ostentation maîtrisée propre aux élites urbaines de la Renaissance naissante. La composition verticale de la façade s'articule en plusieurs niveaux séparés par des bandeaux en pierre. Au second étage, une tourelle en encorbellement marque le point d'aboutissement d'un escalier hors-œuvre dont la base, initialement posée au rez-de-chaussée, fut malheureusement démolie à une époque indéterminée. Les pignons de la toiture conservent leurs amortissements rampants agrémentés de crochets sculptés — ces ornements feuillagés caractéristiques du vocabulaire gothique tardif — témoignant d'un moment de transition stylistique où le Moyen Âge finissant et la Renaissance coexistent avec naturel. Les fenêtres, bien que privées de leurs croisillons d'origine, restituent encore l'ordonnance rythmique de la façade. L'ensemble présente les caractéristiques typologiques d'un hôtel particulier urbain de province : un corps de logis étroit sur rue, développé en hauteur, avec une organisation intérieure vraisemblablement distribuée autour de l'escalier en tourelle. Les matériaux employés — brique locale, pierre calcaire du Berry ou du Blésois, tuiles plates en couverture — s'inscrivent pleinement dans les traditions constructives du Loir-et-Cher, tout en affichant une ambition décorative qui la distingue nettement du bâti ordinaire de son époque.


