Joyau discret du Rennes classique, l'hôtel du Molant dévoile un trumeau sculpté à l'effigie de Louis XIV, une cage d'escalier à balustres et un rare plafond peint «Uranie et les Comètes», seul témoin d'un décor dispersé aux États-Unis.
Au cœur du vieux Rennes, l'hôtel du Molant s'impose comme l'un des rares témoins préservés de l'architecture aristocratique bretonne du Grand Siècle. Construit entre 1666 et 1670, cet hôtel particulier illustre avec élégance le tournant stylistique qui traverse la France sous Louis XIV : le classicisme parisien s'installe progressivement en province, portant avec lui ses façades ordonnées, ses toitures à brisis et ses décors sculptés d'une rare qualité. Ce qui distingue l'hôtel du Molant de ses contemporains rennais, c'est avant tout la cohérence et la finesse de son programme décoratif. La porte principale, ornée d'un trumeau en bois sculpté daté de 1689, frappe d'emblée le visiteur : le buste de Louis XIV y trône entre des médaillons célébrant les gloires du règne, véritable manifeste politique en bois taillé. Cette pièce, réalisée dans l'esprit des ateliers versaillais, révèle l'ambition de commanditaires soucieux d'afficher leur loyauté et leur raffinement. La cage d'escalier constitue un autre point fort de la visite : ses balustres tournés encadrent un vide généreux, tandis qu'un plafond peint en trompe-l'œil couronne l'ensemble, créant une verticalité illusoire qui dilate l'espace avec virtuosité. Cette maîtrise du trompe-l'œil architecturé place l'hôtel dans la lignée des grandes réalisations civiles de la seconde moitié du XVIIe siècle. Une ombre plane néanmoins sur ces intérieurs : en 1924, l'essentiel des boiseries et plafonds peints du rez-de-chaussée fut vendu et expédié aux États-Unis. Un seul plafond échappa à cette dispersion : celui consacré au thème «Uranie et les Comètes», allégorie astronomique d'une poésie rare, dont la présence en ce lieu suggère la culture humaniste du propriétaire d'origine. Ce plafond, orphelin de ses voisins, n'en acquiert que plus de valeur symbolique et esthétique. Visiter l'hôtel du Molant, c'est donc traverser à la fois l'histoire de Rennes et celle du marché de l'art, mesurer ce que l'on a failli perdre et savourer ce qui, par chance ou par volonté, a survécu.
L'hôtel du Molant s'organise selon un plan en retour d'équerre, typique des hôtels particuliers français du XVIIe siècle : deux corps de bâtiment perpendiculaires délimitent une cour d'honneur sur laquelle donnent les remises et les écuries, séquençant la vie domestique selon une logique strictement hiérarchisée. Ce plan, inspiré des modèles parisiens, atteste d'une connaissance directe des tendances architecturales de la capitale. Les façades sont couronnées de nombreuses lucarnes à fronton, rythmant avec élégance une toiture en ardoises à brisis très élevé qui annonce la couverture dite «à la Mansart». Cette adoption précoce du brisis en Bretagne illustre la rapidité avec laquelle les innovations parisiennes se diffusent dans les milieux parlementaires provinciaux. La corniche à modillons qui court sous les combles apporte une touche de rigueur classique, articulant harmonieusement les parties basses et les parties hautes de l'édifice. Les matériaux, pierre de taille et ardoise, sont caractéristiques de la construction de prestige rennaise. Les intérieurs révèlent un programme décoratif d'une ambition remarquable. La pièce maîtresse demeure la cage d'escalier, vaste espace à balustres tournés surmontée d'un plafond peint en trompe-l'œil qui démultiplie la hauteur perçue. La porte d'apparat, enrichie en 1689 de son trumeau en bois sculpté à l'effigie de Louis XIV, constitue un témoignage exceptionnel du portrait royal en milieu civil. Enfin, le plafond «Uranie et les Comètes», unique rescapé du décor du rez-de-chaussée, illustre le goût des élites parlementaires pour les sujets mythologiques et scientifiques, mêlant allégorie antique et fascination baroque pour l'astronomie.
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