Ancien évêché et ses jardins, actuellement Musée des Beaux-Arts
Adossé à la cathédrale de Chartres, cet ancien palais épiscopal aux jardins en terrasse offre un écrin médiéval et classique abritant aujourd'hui l'un des plus riches musées des Beaux-Arts du Centre-Val de Loire.
Histoire
Niché contre le flanc nord de la cathédrale Notre-Dame de Chartres, l'ancien évêché constitue l'un de ces lieux où l'histoire s'est sédimentée sur plusieurs siècles, offrant au visiteur une expérience rare : celle de déambuler dans un palais épiscopal qui a traversé le Moyen Âge, l'Ancien Régime et la modernité sans jamais perdre son caractère. Reconverti en Musée des Beaux-Arts, il conserve intact le prestige de sa fonction première tout en s'ouvrant désormais à la contemplation artistique. Ce qui distingue profondément ce monument, c'est la superposition harmonieuse de ses époques : les structures médiévales du XIIIe siècle dialoguent avec les grandes galeries et l'hôtel particulier édifié au XVIIIe siècle, tandis que les jardins en terrasse du XVIIe siècle créent une transition végétale entre la pierre gothique et la campagne beauceronne. Ce palimpseste architectural est une leçon d'histoire à ciel ouvert. L'expérience de visite débute souvent dans ces jardins suspendus sur les anciens remparts gallo-romains, qui offrent un panorama saisissant sur la vallée de l'Eure. Entre ifs taillés et parterres ordonnés à la française, le visiteur découvre l'un des belvédères les plus méconnus — et les plus saisissants — de la ville. La cathédrale, toute proche, impose sa silhouette majestueuse à quelques mètres. À l'intérieur, les collections du Musée des Beaux-Arts réservent de belles surprises : peintures flamandes, émaux de Limoges, sculptures médiévales, collections de clavecins du XVIIe siècle — un ensemble d'une richesse insoupçonnée qui fait de ce lieu bien davantage qu'un simple palais reconverti. Le bâtiment lui-même, avec ses salles aux proportions classiques et ses charpentes anciennes, constitue un écrin digne des œuvres qu'il abrite. Chartres, célèbre dans le monde entier pour sa cathédrale et son école de peinture des vitraux, possède ici un second joyau patrimonial trop souvent éclipsé par le géant gothique voisin. L'ancien évêché mérite pourtant une attention toute particulière, tant pour son architecture que pour le calme singulier qui y règne, même en pleine saison touristique.
Architecture
L'ancien évêché de Chartres présente une stratification architecturale lisible à l'œil nu. Les parties les plus anciennes, datant du XIIIe siècle, révèlent un appareil de pierre calcaire beauceron aux joints serrés, caractéristique du gothique champenois et de l'Île-de-France médiévale. Ces structures, partiellement intégrées dans les constructions ultérieures, témoignent de la vigueur bâtisseuse d'un diocèse au faîte de sa puissance. Le bâtiment principal, tel qu'on le voit aujourd'hui, est essentiellement le fruit des campagnes du XVIIIe siècle : corps de logis à deux niveaux, toiture à longs pans couverte de tuiles plates ou d'ardoise selon les parties, fenêtres à petits-bois et façades scandées de pilastres discrets — une architecture classique austère et élégante qui ne cherche pas à rivaliser avec l'exubérance gothique de la cathédrale voisine. Les jardins constituent la partie la plus spectaculaire de l'ensemble. Aménagés en terrasses étagées sur les remparts antiques du IIIe siècle, ils offrent un exemple remarquable du jardin épiscopal à la française : allées rectilignes, buis et ifs géométriquement taillés, fontaines et belvédères. La topographie particulière du site — la ville haute de Chartres est perchée sur un promontoire — accentue l'effet dramatique de ces jardins suspendus, qui tombent en gradins vers la ville basse et la rivière. À l'intérieur, les salles conservent en partie leurs boiseries d'époque, leurs cheminées monumentales à manteaux moulurés et leurs planchers de chêne anciens. Certaines pièces présentent des vestiges de peintures murales ou de décors stuqués révélateurs de l'ambition décorative des prélats du Grand Siècle et du XVIIIe siècle. La charpente de certaines ailes, visible depuis les combles, est un chef-d'œuvre discret de la menuiserie traditionnelle du Bassin parisien.


