Ancien couvent des Soeurs de Gramat
Au cœur de Cahors, ce couvent discret cache une porte gothique flamboyant du XVe siècle et un portail baroque du XVIIe, témoins sculptés de cinq siècles de vie religieuse en Quercy.
Histoire
Niché dans le tissu urbain de Cahors, l'ancien couvent des Sœurs de Gramat constitue l'un de ces joyaux architecturaux que la ville du Lot préserve jalousement. Inscrit aux Monuments Historiques dès 1925, il séduit par la coexistence de deux langages architecturaux distincts, séparés de deux siècles, qui témoignent chacun à leur façon de l'art de bâtir en Quercy. Ce qui distingue immédiatement ce couvent, c'est la qualité exceptionnelle de ses deux portails, véritables pièces de sculpture monumentale. La porte sur cour du XVe siècle représente un exemple remarquable du gothique flamboyant régional : son arc en accolade, ses contreforts couronnés de pinacles et son bas-relief armorié composent une composition d'une grande finesse. Le portail du XVIIe siècle, lui, dialogue avec l'esprit baroque par la richesse de ses vantaux en noyer, dont les panneaux sculptés déploient un programme décoratif soigné et généreux. L'expérience de visite invite à un exercice de lecture architecturale passionnant : comparer, à quelques mètres d'intervalle, la grammaire ornementale médiévale tardive et les codes de l'art post-tridentin. L'amateur d'architecture y trouvera matière à réflexion, tandis que le curieux sera simplement conquis par l'élégance sobre de ces pierres du Quercy, blondes et lumineuses. Cahors elle-même constitue un cadre incomparable. Ceinte par un méandre du Lot, la ville médiévale recèle parmi les trésors du Quercy les plus denses de France : le Pont Valentré, la cathédrale Saint-Étienne, les tours de l'enceinte. L'ancien couvent des Sœurs de Gramat s'inscrit naturellement dans ce parcours patrimonial d'exception, offrant à qui prend le temps de s'y arrêter une halte inattendue et mémorable.
Architecture
L'intérêt architectural du couvent des Sœurs de Gramat repose essentiellement sur ses deux portails, qui résument à eux seuls l'évolution des arts décoratifs en Quercy entre le XVe et le XVIIe siècle. La porte sur cour, la plus ancienne, est un bel exemple de portail gothique flamboyant : flanquée de deux contreforts élancés couronnés de pinacles à crochets, elle s'ouvre sous un arc en accolade caractéristique, dont la pointe est animée d'un amortissement sculpté. Linteau et piédroits sont finement moulurés selon le vocabulaire ornamental du gothique tardif. Au-dessus du linteau, encastré dans la maçonnerie, un bas-relief figuratif représente deux personnages encadrant un écusson, composition héraldique d'une expressivité sobre, typique de la sculpture quercynoise de la fin du Moyen Âge. Les matériaux employés sont ceux du terroir : le calcaire clair du Quercy, propice à la taille fine et à la sculpture en sous-relief. Le portail sur rue du XVIIe siècle relève d'une tout autre esthétique. Sa structure maçonnée offre le cadre à des vantaux monumentaux en noyer, bois noble et durable, sur lesquels sont appliquées des moulures formant un réseau de panneaux rectangulaires. Six d'entre eux reçoivent un décor sculpté, alternant motifs végétaux, figures allégoriques ou emblèmes dévotionnels selon une ordonnance symétrique héritée du classicisme post-tridentin. Cette menuiserie d'art, par sa composition rigoureuse et la qualité de son exécution, constitue un exemple remarquable de l'artisanat conventuel méridional du Grand Siècle. Ensemble, les deux portails font du couvent un véritable livre ouvert sur cinq siècles d'histoire des arts à Cahors.


