Ancien collège des Jésuites et ancien hôtel de Laval-Castellane, actuellement musée d'art chrétien et Museon Arlaten
À Arles, l'ancien collège des Jésuites abrite le Museon Arlaten et le musée d'art chrétien, révélant des vestiges antiques, une chapelle baroque du XVIIe siècle et des collections ethnographiques uniques en Provence.
Histoire
Au cœur d'Arles, ville inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO, se dresse un ensemble architectural exceptionnel dont les strates superposées racontent quinze siècles d'histoire sans discontinuité. L'ancien collège des Jésuites et l'hôtel de Laval-Castellane forment aujourd'hui un complexe muséal double, abritant à la fois le musée d'art chrétien et le légendaire Museon Arlaten, le plus ancien musée d'ethnographie de Provence. Ce qui rend ce lieu véritablement singulier, c'est la coexistence harmonieuse de plusieurs époques dans un même bâtiment : des fondations et des salles romaines subsistent sous les structures du XVIIe siècle, témoignant de la continuité ininterrompue de l'occupation humaine sur ce site depuis l'Antiquité. La fameuse salle à double nef, ancienne cryptoportique transformée au fil des siècles, est l'une des plus belles salles voûtées d'Arles. Le visiteur pénètre dans un espace où le baroque jésuite dialogue avec l'austérité romane et la noblesse de l'architecture hôtelière du XVIIIe siècle. La chapelle du collège, édifiée dans le troisième quart du XVIIe siècle, est un joyau discret de l'art baroque méridional, dont les proportions élancées et la lumière maîtrisée créent une atmosphère de recueillement rare. Le Museon Arlaten, fondé par le poète Frédéric Mistral grâce à son prix Nobel, y déploie ses collections ethnographiques régionales : costumes, objets du quotidien, mobilier, traditions orales de la Provence et de la Camargue. Une visite ici, c'est une immersion totale dans l'âme provençale, loin des clichés touristiques, portée par une muséographie renouvelée qui respecte la profondeur du lieu.
Architecture
L'ensemble architectural résulte de la superposition de trois grandes phases de construction qui correspondent chacune à une esthétique distincte. Les parties les plus anciennes, héritées de l'Antiquité ou du haut Moyen Âge, se lisent dans les soubassements, les murs épais et les salles voûtées qui rappellent les techniques romaines de la caementicium. Ces espaces souterrains ou semi-souterrains ont longtemps servi de caves ou de lieux de stockage avant d'être redécouverts et mis en valeur. La chapelle jésuite du XVIIe siècle constitue le cœur monumental du complexe. D'une seule nef élancée, elle adopte le plan longitudinal privilégié par la Compagnie de Jésus depuis l'église du Gesù à Rome. La façade, sobre et hiératique, joue sur les contrastes d'ombre et de lumière propres au baroque méridional, tandis que l'intérieur révèle des pilastres engagés, des chapelles latérales peu profondes et une lumière zénithale qui magnifie les volumes. Les matériaux employés sont ceux de la pierre calcaire locale, chaude et ocre, caractéristique de la Crau et des Alpilles. L'hôtel de Laval-Castellane apporte au XVIIIe siècle une touche classique : cour intérieure ordonnancée, escalier d'honneur à balustres de pierre, distribution des pièces selon les canons de la noblesse provençale. L'ensemble forme aujourd'hui un bloc cohérent dont la diversité stylistique constitue, en elle-même, un enseignement sur l'évolution du goût architectural en France du Sud.


