Ancien collège des Jésuites, dénommé collège Sainte-Marie, devenu lycée de garçons, actuellement école nationale supérieure d'Art
Joyau jésuite du XVIIe siècle à Bourges, cet ancien collège mêle sobriété baroque et colonnes à chapiteaux palmiformes napoléoniens — une épopée architecturale de quatre siècles au cœur du Berry.
Histoire
Au fil des rues anciennes de Bourges, l'ancien collège des Jésuites — devenu au fil des siècles lycée impérial puis École nationale supérieure d'Art — s'impose comme l'un des ensembles monumentaux les plus singuliers du Centre-Val de Loire. Niché dans le tissu urbain dense de la cité berrichonne, il déploie une succession de cours, d'ailes et de jardins dont la cohérence architecturale défie les époques qui l'ont façonné. Ce qui rend cet édifice véritablement unique, c'est la superposition lisible de ses strates historiques. Le corps de bâtiment oriental, construit dès 1634 sur les plans du père Étienne Martellange — architecte de référence de la Compagnie de Jésus en France —, exprime la rigueur austère et l'ordre rationnel chers aux Jésuites : fenêtres régulières, élévations mesurées, pierre de taille locale aux reflets ocre. Puis, comme une parenthèse exotique, surgit le bâtiment élevé en 1803-1804 pour l'installation du lycée impérial, dont les colonnes à chapiteaux palmiformes évoquent sans ambiguïté la fascination post-révolutionnaire pour l'Égypte de Bonaparte. Visiter ces lieux, c'est traverser quatre siècles d'histoire de l'enseignement en France. L'ancienne chapelle Notre-Dame-la-Comtale, qui séparait les deux cours du collège jésuite, rappelle le rôle central de la foi dans l'instruction d'Ancien Régime. Les galeries, les cours pavées et les espaces verts invitent à une flânerie contemplative, entre calme monacal et effervescence créative — car l'école d'art qui occupe désormais les lieux insuffle une vitalité nouvelle à ces pierres séculaires. Le cadre général est celui d'un Bourges médiéval et Renaissance préservé, à quelques centaines de mètres de la cathédrale Saint-Étienne, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO. L'ensemble bénéficie d'une inscription aux Monuments Historiques depuis 2004, qui garantit la préservation de ce témoignage exceptionnel de l'architecture jésuite française et de l'histoire éducative nationale.
Architecture
L'ensemble architectural de l'ancien collège des Jésuites se déploie selon un plan caractéristique des établissements de la Compagnie de Jésus : deux cours distinctes séparées par la chapelle Notre-Dame-la-Comtale, flanquées d'ailes régulières et ouvrant sur un jardin à l'arrière. Cette organisation spatiale rigoureuse, héritée des typologies conventuelles mais rationalisée selon les principes jésuites, favorise la séparation des fonctions — enseignement, résidence, prière — tout en maintenant une cohérence d'ensemble lisible depuis la rue. Les bâtiments du deuxième quart du XVIIe siècle, conçus par le père Étienne Martellange, illustrent parfaitement le style jésuite français : sobriété des façades en pierre de taille, rythme régulier des fenêtres à meneaux ou à petits-bois, toitures à forte pente couvertes d'ardoise, discret recours aux pilastres et corniches pour structurer les élévations sans ostentation décorative excessive. Cette retenue architecturale, loin d'être pauvreté, reflète une esthétique délibérée valorisant l'ordre, la clarté et la fonctionnalité au service de l'éducation et de la prière. La pièce la plus insolite de l'ensemble demeure le bâtiment napoléonien de 1803-1804, dont les colonnes à chapiteaux palmiformes constituent un témoignage rarissime de l'égyptomanie en architecture provinciale française. Ces chapiteaux imitant la palmette ou le lotus stylisé, directement empruntés au répertoire décoratif de l'Égypte antique redécouverte par les savants de l'expédition de Bonaparte, tranchent avec la sobriété jésuite environnante et confèrent à l'édifice sa touche la plus spectaculaire. Le bâtiment de 1865 qui ferme la cour à l'ouest adopte quant à lui un vocabulaire académique du Second Empire, intégrant discrètement le nouvel ensemble à l'héritage du XVIIe siècle.


