Ancien cinéma Rex
Cinéma atmosphérique bordelais inauguré en 1932, le Rex incarnait le rêve hollywoodien au cœur des Chartrons. Son décor intérieur enchanté, sauvé de la démolition, reste un témoignage rare d'une époque révolue.
Histoire
Le cinéma Rex de Bordeaux appartient à cette constellation de salles obscures des années 1930 qui transformaient la simple séance de cinéma en une véritable évasion dans un autre monde. Conçu comme un cinéma « atmosphérique » — cette catégorie d'établissements où l'architecture intérieure simule un décor en plein air, entre ciels étoilés peints et façades méditerranéennes trompe-l'œil —, le Rex bordelais offrait à ses huit cents spectateurs bien plus qu'un simple film : une immersion totale dans un univers de fantaisie. Ce qui distinguait le Rex de ses contemporains, c'était la richesse et la cohérence de son décor intérieur. Les toiles marouflées — technique exigeante consistant à coller une peinture sur toile directement sur un support mural — habillaient les parois de la salle de motifs luxuriants, créant cette atmosphère de palais enchanté propre au genre atmosphérique. Le visiteur de l'époque franchissait le seuil du cinéma et se retrouvait transporté dans un ailleurs chatoyant, loin des rues grises du quartier de la barrière de Médoc. Le Rex bordelais s'inscrivait dans la lignée directe du Grand Rex parisien, inauguré la même année sur les Grands Boulevards. Partageant le même nom et la même philosophie scénographique, les deux établissements symbolisaient l'âge d'or des salles de cinéma en France, à une époque où fréquenter le « palace » du coin relevait d'une expérience culturelle et sociale de premier plan. Bien que le bâtiment ait été démoli en 1976 ou peu après, l'histoire du Rex bordelais ne s'est pas achevée avec ses murs. Son décor intérieur a en effet été préservé, témoignant d'une volonté collective de sauvegarder ce patrimoine immatériel du cinéma populaire français. Ce sauvetage in extremis en fait aujourd'hui un cas d'étude précieux pour les historiens de l'architecture et les passionnés du patrimoine cinématographique.
Architecture
Le cinéma Rex de Bordeaux appartient au courant du cinéma atmosphérique, genre architectural né aux États-Unis dans les années 1920 et rapidement adopté en Europe. Son principe fondateur est spectaculaire : l'intérieur de la salle est conçu comme un espace en plein air fictif, avec un plafond simulant un ciel nocturne étoilé, des murs ornés d'architectures méditerranéennes, de jardins suspendus ou de ruines romantiques, créant une illusion totale d'être assis sous les étoiles dans quelque palais exotique. Le Rex bordelais déclinait cette esthétique avec générosité, mobilisant la technique des toiles marouflées pour habiller ses parois de compositions picturales élaborées. Implanté à l'emplacement des anciennes halles de la barrière de Médoc, le bâtiment adopte le gabarit typique des grandes salles urbaines des années 1930 : une façade de représentation sur rue, sobre ou ornementée selon le registre choisi, dissimulant un volume intérieur généreux capable d'accueillir huit cents spectateurs. La salle unique, disposée en gradin progressif vers l'écran, était encadrée de travées décoratives reprenant les codes atmosphériques. Le travail des artisans-peintres et des décorateurs constituait le véritable atout architectural du lieu, transformant un espace fonctionnel en théâtre du rêve. La démolition du bâtiment a privé Bordeaux de cette enveloppe architecturale, mais la préservation des éléments de décor intérieur témoigne de la qualité d'exécution qui caractérisait ces grands cinémas de l'entre-deux-guerres, véritables cathédrales du divertissement populaire.


