
Ancien château des Archevêques de Tours
Ancienne résidence d'été des archevêques de Tours, ce château Renaissance veille sur la confluence Loire-Vienne. Son portail monumental en hémicycle et sa tour polygonale d'escalier en font un joyau discret du Val de Loire.

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Histoire
Posé sur les hauteurs de Candes-Saint-Martin, au confluent majestueux de la Loire et de la Vienne, l'ancien château des Archevêques de Tours s'inscrit dans l'un des paysages les plus emblématiques du Val de Loire. Loin de la démesure des châteaux royaux qui jalonnent la région, il incarne une architecture de prestige ecclésiastique, pensée pour l'otium lettré des princes de l'Église, entre représentation du pouvoir et retraite campagnarde. Son architecture témoigne d'une transition subtile entre le gothique flamboyant finissant du XVe siècle et les premières inflexions de la Renaissance française. Le grand portail d'entrée, nichée dans un hémicycle d'apparat, frappe d'emblée par son équilibre : l'arc presque en plein cintre, coiffé d'un fronton surbaissé, est encadré de pilastres plats ornant des piliers à joints creux, détails caractéristiques des ateliers ligériens de la première Renaissance. La tour polygonale logée à l'angle des deux corps de bâtiment ajoute une touche d'élégance fonctionnelle, signant la main d'artisans rompus aux chantiers tourangeaux. Le domaine conserve une unité remarquable malgré les remaniements successifs. La cour, délimitée au nord par des communs sobres, et la galerie couverte à l'arrière — dont la rambarbe en pierre supporte des piliers de bois avec jambes de force — évoquent l'atmosphère d'une demeure seigneuriale encore vivante. Cette galerie, ouverte sur les jardins et le panorama du confluent, devait être le cœur de la vie quotidienne des prélats en villégiature. Visiter ce château, c'est s'immerger dans une histoire presque confidentielle de la France médiévale et renaissante : ici se croisent la grande politique royale, les ambitions des puissantes familles ecclésiastiques et la douceur de vivre tourangelle. Le cadre de Candes-Saint-Martin, village classé parmi les Plus Beaux Villages de France, amplifie la magie du lieu. La collégiale Saint-Martin toute proche rappelle que ce territoire fut, dès le haut Moyen Âge, un foyer spirituel et politique d'une importance considérable.
Architecture
Le château se compose de deux corps de bâtiments disposés en retour d'équerre, formant un angle dans lequel s'insère une tour polygonale d'escalier — solution caractéristique des châteaux français de la fin du XVe siècle, qui préfèrent la tour en encorbellement ou en hors-œuvre aux cages d'escalier droites de la tradition médiévale. Cette tour, vraisemblablement éclairée par de petites fenêtres à meneaux, assurait la desserte verticale de l'ensemble tout en constituant un signal architectural visible depuis la cour. L'élément le plus remarquable de la composition extérieure est sans conteste le grand portail d'entrée, disposé en recul dans un hémicycle maçonné, dispositif rare qui lui confère une solennité proche des entrées de palais épiscopaux italiens. L'arc presque en plein cintre, surmonté d'un fronton en arc surbaissé, est flanqué de deux petites portes latérales, créant une entrée tripartite d'inspiration antique. Les piliers à joints creux ornés de pilastres plats trahissent la main d'artisans tourangeaux formés aux nouveaux vocabulaires renaissants, probablement actifs sur plusieurs chantiers contemporains du Val de Loire. Les maçonneries employaient le tuffeau, calcaire crayeux blanc de la région, à la fois facile à tailler et remarquablement propice aux décors sculptés fins. À l'arrière du château, au nord, une galerie couverte constitue un espace de transition entre intérieur et jardin. Sa rambarbe en pierre, supportant des piliers de bois avec jambes de force, témoigne d'un traitement mixte associant la solidité de la pierre et la légèreté du bois — choix courant dans les galeries de villégiature du XVIe siècle. Les communs délimitant la cour au nord complètent un ensemble homogène, qui conserve par ailleurs quelques baies du XVe siècle en contraste avec les reprises du XVIIIe siècle.


