
Ancien archevêché, actuellement musée des Beaux-Arts
Ancienne résidence des archevêques de Tours, ce palais stratifié mêle vestige gallo-romain, élégance classique du XVIIe et raffinement des Lumières — aujourd'hui écrin du musée des Beaux-Arts de Tours.

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Histoire
Adossé à la cathédrale Saint-Gatien et veillant sur les rives de la Loire, l'ancien archevêché de Tours est l'un de ces édifices rares qui résument à eux seuls deux millénaires d'histoire urbaine. Ses murs racontent tout à la fois la cité gallo-romaine, la puissance ecclésiastique médiévale, le faste de la Contre-Réforme et l'urbanisme éclairé du XVIIIe siècle — un palimpseste de pierres dont chaque aile constitue un chapitre distinct. Ce qui rend ce lieu véritablement singulier, c'est la coexistence en un même ensemble d'une tour gallo-romaine encore debout, d'un corps de logis du XIIe siècle, de deux palais superposés des XVIIe et XVIIIe siècles, et d'écuries classiques. Nulle part ailleurs en Touraine on ne peut embrasser d'un seul regard une telle densité de strates architecturales. La cour intérieure, ombragée de cèdres centenaires, offre une perspective saisissante sur ces époques réunies dans une harmonie inattendue. Transformé en musée des Beaux-Arts en 1905, l'édifice abrite aujourd'hui des collections d'une qualité insoupçonnée : peintures italiennes, flamandes et françaises, sculptures, mobilier d'époque et objets d'art se déploient dans des salles aux proportions majestueuses. Visiter ce musée, c'est autant contempler les tableaux que le cadre qui les accueille — les boiseries, les parquets à la française, les cheminées monumentales font partie intégrante de l'expérience. Le jardin, disposé en terrasses sur les anciens remparts romains, offre une vue plongeante sur la ville et constitue l'une des promenades les plus séduisantes du centre-ville de Tours. Entre les massifs soigneusement entretenus et les vestiges de l'antique enceinte, le visiteur se trouve dans un espace où la botanique et l'archéologie se répondent avec une grâce toute ligérienne.
Architecture
L'ensemble architectural de l'ancien archevêché de Tours se déploie sur plusieurs niveaux de terrasses, adossé aux vestiges de l'enceinte gallo-romaine dont la tour d'angle sud-ouest, haute de plusieurs mètres, demeure le témoin le plus spectaculaire. Cette tour en petit appareil romain, consolidée et intégrée dans le tissu bâti médiéval, constitue l'un des rares exemples de conservation in situ d'une fortification antique en centre-ville de Touraine. Le corps de logis oriental, héritage du XIIe siècle, présente les caractéristiques de l'architecture romane tardive : murs épais, fenêtres à linteaux sobrement moulurés, volumes compacts organisés autour d'une distribution fonctionnelle. Face à lui, le palais du XVIIe siècle, élevé sous Bertrand d'Eschaux, déploie une façade classique aux proportions mesurées, avec des travées régulières, un traitement soigné des encadrements de baies et une toiture à la française couverte d'ardoises. Le palais des Lumières, construit de 1753 à 1755, adopte un vocabulaire architectural plus délicat : refend des façades, croisées aux proportions élancées, corniches moulurées et intérieurs aux boiseries Louis XV d'une grande finesse. La porte d'entrée de 1775, couronnée d'un fronton triangulaire et flanquée de pilastres doriques, marque la transition vers le néoclassicisme et sert de signal urbain à l'ensemble du domaine. Le jardin en terrasses, structuré autour des remparts antiques, complète harmonieusement l'architecture bâtie par un ordonnancement végétal où dominent de remarquables cèdres du Liban et d'Atlas, plantés au XIXe siècle.


