Joyau méconnu de Belle-Île-en-Mer, cette aiguade vaubannaise du XVIIe siècle cachait dans ses flancs une citerne de 900 m³ d'eau douce, bouée de survie de la flotte royale de Louis XIV.
Au creux d'une crique sauvage de Belle-Île-en-Mer, à quelques encablures du Palais, l'Aiguade Vauban — aussi connue sous le nom de Belle Fontaine — se révèle à qui sait la chercher. Cet édifice militaire côtier du XVIIe siècle ne ressemble à aucun autre monument fortifié : discret, presque fondu dans la falaise dont il épouse la roche, il ne se laisse deviner qu'à ses deux conduits de pierre taillée qui, même aujourd'hui, suintent d'eau fraîche vers la mer.
L'Aiguade Vauban est une construction de plan rectangulaire réalisée en moellons de granite local, caractéristique des ouvrages militaires bretons de la fin du XVIIe siècle. Sa toiture à deux pentes, recouverte d'une épaisse couche de terre végétale et d'herbe rase, lui confère une silhouette presque organique, se fondant dans le paysage côtier comme une dune artificielle. Ce camouflage naturel n'est pas qu'esthétique : il protège la voûte de la citerne des variations thermiques, maintenant la fraîcheur nécessaire à la conservation de l'eau. L'intérieur abrite une salle entièrement voûtée formant la citerne, d'une capacité remarquable d'environ 900 m³ — soit de quoi approvisionner plusieurs vaisseaux de ligne en une seule escale. Le mur de clôture périphérique, mince et discret, délimite l'espace sans ostentation. Côté mer, l'architecture se fait plus savante : un mur de retenue descend jusqu'à une terrasse basse, aménagée à quelques dizaines de centimètres du niveau des hautes mers pour permettre l'accostage de petites embarcations. Deux conduits en pierre de taille, soigneusement profilés, assurent l'écoulement continu de l'eau douce vers les barriques des matelots. La technique de fondation du mur côtier constitue la curiosité architecturale la plus remarquable de l'édifice : la maçonnerie de pierre de taille est ancrée dans la falaise par une série de pieux horizontaux enfoncés dans la roche, dont les orifices furent ensuite obturés par des bouchons de pierre taillée, encore visibles pour certains. Les joints, réalisés avec un mortier hydraulique à base de chaux et de tuileau (terre cuite pilée), garantissent l'étanchéité de l'ensemble face aux assauts de la mer — un savoir-faire hérité de la tradition antique de l'opus signinum, remis au goût du jour par les ingénieurs militaires du Grand Siècle.
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