Abri de Raymonden I
Abri sous roche paléolithique classé Monument Historique, Raymonden I à Chancelade recèle l'un des plus précieux témoignages de l'art et des pratiques funéraires du Magdalénien en Périgord.
Histoire
Niché dans les falaises calcaires qui bordent la vallée de la Beauronne, à quelques kilomètres de Périgueux, l'abri de Raymonden I s'impose comme l'un des sites archéologiques les plus significatifs du Paléolithique supérieur en Dordogne. Dans ce département déjà béni des dieux de la préhistoire, ce creusement naturel dans la roche a livré des vestiges d'une richesse exceptionnelle, témoins silencieux d'une humanité magdalénienne épanouie il y a quelque 12 000 à 15 000 ans. Ce qui distingue Raymonden I de la multitude d'abris périgordins réside dans la qualité et la diversité des artefacts qui y ont été découverts : objets en os et en bois de renne finement gravés, outils lithiques d'une remarquable facture, et surtout une sépulture humaine qui a bouleversé la compréhension des pratiques rituelles magdaléniennes. L'homme de Chancelade, mis au jour en 1888, est devenu l'une des figures emblématiques de la paléoanthropologie française, dont les restes osseux alimentent encore aujourd'hui les débats scientifiques. Visiter Raymonden I, c'est s'aventurer dans un paysage de causses et de rivières qui n'a guère changé depuis la préhistoire. La Beauronne serpente en contrebas, les chênaies tapissent les coteaux, et la falaise abrite sous son avancée rocheuse cet espace où se jouèrent des scènes de vie quotidienne et des cérémonies funèbres il y a des millénaires. L'atmosphère y est saisissante pour qui sait laisser travailler son imagination. Le site, classé Monument Historique depuis 1926, s'inscrit dans la constellation extraordinaire des gisements préhistoriques du Périgord, à quelques encablures de Lascaux, de Font-de-Gaume ou des Combarelles. Pour les passionnés de préhistoire, le musée d'Art et d'Archéologie du Périgord à Périgueux conserve une partie des collections issues des fouilles de Raymonden et permet d'appréhender pleinement la richesse de ce patrimoine enfoui.
Architecture
L'abri de Raymonden I est un creusement naturel formé dans la falaise calcaire du Crétacé supérieur qui borde la rive droite de la Beauronne, affluent de l'Isle. Ce type d'abri sous roche, omniprésent en Périgord, résulte de l'érosion différentielle des strates calcaires : des bancs tendres se dissolvent progressivement sous l'action des eaux de ruissellement, créant une cavité horizontale couverte par un surplomb rocheux plus dur. L'orientation et la profondeur de l'avancée rocheuse offraient aux occupants magdaléniens une protection naturelle efficace contre les vents dominants et les précipitations, tout en bénéficiant d'un ensoleillement suffisant. La paroi rocheuse, surface lisse ou légèrement mamelonnée selon les anfractuosités de la falaise, constitue le « mur du fond » de cet habitat troglodytique primitif. Le sol de l'abri, aujourd'hui partiellement fouillé, a révélé une succession de niveaux archéologiques séparés par des lentilles stériles, chaque couche correspondant à une phase d'occupation distincte. Les foyers domestiques, matérialisés par des pierres rubéfiées et des cendres charbonneuses, signalent les emplacements privilégiés de l'activité humaine. La surface habitable de l'abri, estimée à quelques dizaines de mètres carrés, est typique de ce genre de gisement magdalénien. Contrairement aux grandes grottes ornées de la région, Raymonden I ne présente pas de peintures ou de gravures pariétales connues. Sa richesse est tout entière contenue dans les couches sédimentaires et dans le mobilier archéologique exhumé : témoignages concrets d'une civilisation de chasseurs dont la maîtrise technique et l'expression artistique sur matières portables — os, bois de renne, ivoire — atteignent des sommets de raffinement pour l'époque.


