Villa Magalone
Nichée dans un écrin de verdure à Marseille, la Villa Magalone est un joyau discret du tournant des XVIIe-XVIIIe siècles, dont les jardins à la française ont été magnifiés au XIXe siècle par le célèbre paysagiste Édouard André.
History
Au cœur d'un Marseille que l'on imagine volontiers tout entier tourné vers la mer et le négoce, la Villa Magalone révèle une tout autre facette de la cité phocéenne : celle des bastides cossues et des jardins savants que les grandes familles provençales aimaient à établir à l'écart de l'agitation portuaire. Inscrite aux Monuments Historiques dès 1948, elle appartient à cette tradition des maisons de campagne marseillaises — les fameuses bastides — qui fleurirent à la périphérie de la ville dès le Grand Siècle. Ce qui rend la Villa Magalone véritablement singulière, c'est la superposition harmonieuse de deux époques architecturales distinctes et d'un art des jardins d'exception. Élevée dans le dernier quart du XVIIe siècle et complétée au cours du premier quart du XVIIIe, elle témoigne de l'ascension économique d'une bourgeoisie marseillaise qui, enrichie par le commerce méditerranéen, aspirait à afficher sa réussite dans la pierre et dans le vert. Le bâtiment, aux lignes classiques empreintes de la sobriété provençale, forme un dialogue permanent avec ses jardins, repensés au XIXe siècle dans un esprit romantique et paysager. C'est justement ce parc qui confère à la villa son caractère le plus inattendu. Édouard André, paysagiste de renom dont l'œuvre irrigue toute l'Europe du second Empire et de la Belle Époque, y a déployé son talent pour marier la rigueur géométrique française à une sensibilité plus naturaliste, héritée de ses voyages et de l'influence anglaise. Allées ombragées, perspectives savamment ménagées, essences méditerranéennes et exotiques s'y côtoient dans une composition qui semble à la fois ordonnée et spontanée. Visiter la Villa Magalone, c'est accepter de ralentir et de laisser Marseille s'effacer le temps d'une promenade. L'atmosphère y est celle d'un temps suspendu, entre le craquement des pins parasols et le parfum entêtant de la garrigue voisine. Le lieu séduit autant les amateurs d'architecture que les passionnés d'histoire des jardins, offrant à chaque visiteur une lecture différente de ce patrimoine discret mais dense en résonances historiques.
Architecture
La Villa Magalone s'inscrit dans la grande tradition des bastides marseillaises de la fin du XVIIe siècle, caractérisées par une architecture sobre et équilibrée, très éloignée de l'ostentation versaillaise mais empreinte d'une dignité classique bien affirmée. Le corps de logis principal présente probablement un plan rectangulaire symétrique, avec une façade ordonnancée dont les baies alignées rythment la composition selon les préceptes du classicisme français. Les matériaux locaux — calcaire blanc ou ocre des carrières provençales — confèrent à l'ensemble cette teinte dorée si caractéristique de l'architecture marseillaise. Les détails architecturaux reflètent le passage du style Louis XIV au Régence, perceptible dans la légère évolution des encadrements de baies et des corniches entre les deux campagnes de construction. Les façades devaient arborer des bandeaux horizontaux scandant les étages, des refends traités en bossages et sans doute un escalier d'honneur extérieur ou intérieur à rampe en fer forgé, élément incontournable des demeures bourgeoises provençales de la période. Les toitures, probablement en tuiles canal rousses, participent de ce paysage méditerranéen si distinctif. Les jardins dessinés par Édouard André constituent l'autre volet architectural du site. Structurés autour d'un axe principal reliant la demeure au parc, ils articulent des terrasses, des allées bordées de buis taillés ou de haies vives, des bassins d'agrément et des espaces plus libres plantés d'essences méditerranéennes — pins, cyprès, oliviers — et de spécimens exotiques témoignant du goût botaniste du XIXe siècle. Cette composition savante fait de Magalone un document précieux sur l'art paysager français de la seconde moitié du XIXe siècle.


