Villa Costa
Joyau rocaillé du Marseille du XIXe siècle, la Villa Costa éblouit par ses façades entièrement recouvertes de ciment polychrome sculpté, chef-d'œuvre intact des célèbres rocailleurs Gagliardone.
History
Nichée dans le tissu urbain marseillais, la Villa Costa est l'une de ces demeures bourgeoises du XIXe siècle qui réserve au visiteur une surprise totale : derrière une façade discrète sur rue se révèle un ensemble décoratif d'une richesse stupéfiante, où le ciment se transforme en dentelle, en grotte fantastique, en tableau vivant. Ici, les murs ne sont pas seulement des structures porteuses — ce sont des œuvres d'art à part entière. Ce qui distingue fondamentalement la Villa Costa de ses contemporaines marseillaises, c'est la conservation exceptionnelle de sa polychromie originelle. Là où tant d'autres demeures ornées ont vu leurs coloris s'estomper sous les assauts du temps et des rénovations, les teintes d'origine — ocres, rouges, verts, blancs cassés — demeurent d'une vivacité remarquable sur les façades côté jardin. On perçoit encore l'intention esthétique première, la vision d'ensemble que les époux Costa souhaitaient donner à leur demeure de prestige. L'expérience de la Villa Costa, c'est avant tout celle de la découverte d'un art populaire et savant à la fois : le décor de rocaille, ou rocaillage, est une technique exigeante, à la frontière entre l'architecture, la sculpture et les arts décoratifs. Les Gagliardone, famille de rocailleurs d'origine italienne réputés dans toute la région, ont ici déployé tout leur savoir-faire, couvrant les surfaces de coquillages, de pierrailles, de mortiers travaillés en reliefs, créant des compositions qui évoquent à la fois la nature sauvage et le caprice ornemental le plus sophistiqué. Le jardin, qui formait autrefois un écrin végétal indissociable de l'ensemble décoratif, n'existe plus aujourd'hui qu'à l'état résiduel. Il laisse néanmoins deviner ce que fut son ambiance : un espace de verdure ponctué de grottes artificielles, de fontaines ornées et de treilles couvertes de ciment sculpté, dans la grande tradition des jardins de villégiature marseillais du Second Empire et de la Troisième République. Ce que les façades ont préservé permet d'imaginer le dialogue fascinant qui s'établissait entre le minéral travaillé et le végétal exubérant. Classée Monument Historique en 2015, la Villa Costa représente aujourd'hui un témoignage irremplaçable de l'art de vivre bourgeois marseillais de la Belle Époque, et plus encore d'une tradition artisanale — le rocaillage — qui a longtemps été sous-estimée par l'histoire de l'art officielle. Sa documentation exceptionnellement bien conservée en fait également un objet d'étude précieux pour les historiens du patrimoine et les restaurateurs spécialisés.
Architecture
La Villa Costa appartient à la typologie des maisons de maître marseillaises de la seconde moitié du XIXe siècle : un volume compact, à deux ou trois niveaux, organisé autour d'un axe de symétrie, ouvrant sur un jardin privé par ses façades latérales et postérieures. C'est précisément sur ces façades côté jardin que se concentre l'essentiel de l'intérêt architectural et ornemental de l'édifice. Elles sont entièrement recouvertes d'un décor de ciment rocaillé, technique dans laquelle l'enduit de base sert de support à des compositions en relief intégrant pierres, coquillages, tessons et mortiers texturés, créant une surface d'une richesse tactile et visuelle saisissante. La particularité technique majeure de la Villa Costa réside dans la conservation de sa polychromie d'origine. Les rocailleurs Gagliardone ont en effet travaillé non seulement la texture mais aussi la couleur de leur décor, utilisant des matériaux naturellement colorés et des badigeons pour créer un programme chromatique élaboré. Les teintes chaudes — ocres jaunes et rouges, bruns terreux — alternent avec des zones plus claires et des accents de couleurs vives, donnant à l'ensemble une vibration lumineuse caractéristique des arts décoratifs méditerranéens de la Belle Époque. Les motifs déployés sur les façades mêlent références naturalistes (branchages, feuillages, coquilles) et éléments architecturaux simulés (encadrements de fenêtres, corniches, pilastres en trompe-l'œil), créant une continuité entre l'édifice proprement dit et le jardin qui lui faisait face. Cette dissolution de la frontière entre architecture et nature, entre intérieur et extérieur, est l'une des caractéristiques les plus remarquables et les plus modernes de l'œuvre des Gagliardone à la Villa Costa.


