Pionnier du béton armé en France, le viaduc de Souzain (1904) signé Harel de la Noë fut l'une des premières œuvres d'art en béton armé de Bretagne, avant sa démolition en 1995.
Le viaduc de Souzain, érigé en 1904 sur les communes de Saint-Brieuc et de Plérin dans les Côtes-d'Armor, représentait l'une des pages fondatrices de l'ingénierie moderne en France. Enjambant la vallée encaissée qui sépare ces deux communes bretonnes, l'ouvrage constituait un témoin exceptionnel de la révolution technique que connut la construction des ponts au tournant du XXe siècle, à l'heure où le béton armé commençait à supplanter la maçonnerie traditionnelle et la fonte. Ce qui rendait ce viaduc vraiment singulier, c'est l'audace de sa conception à une époque où le béton armé restait encore expérimental dans le domaine des ouvrages d'art. Louis Harel de la Noë, ingénieur visionnaire nommé à la tête des Ponts et Chaussées des Côtes-du-Nord en 1900, en fit l'un de ses premiers chantiers emblématiques, portant dans ce département breton une modernité technique qui s'imposait dans les grandes villes mais demeurait rare dans les campagnes de l'Ouest. Pendant neuf décennies, le viaduc de Souzain marqua le paysage de la périphérie briochine, offrant aux voyageurs et aux habitants une perspective saisissante sur les vallons verdoyants typiques du Goëlo. Son profil élancé, ses arches en béton et la légèreté apparente de sa structure contrastaient avec les ponts en granit qui jalonnent encore la région, témoignant d'une volonté de conjuguer fonctionnalité et élégance structurelle. Malheureusement, l'histoire de ce monument s'est achevée le 23 juin 1995, lorsque le viaduc fut démoli. Sa disparition priva la Bretagne d'un jalon architectural irremplaçable, celui d'un ouvrage de la première heure dans l'usage raisonné du béton armé en France. Aujourd'hui, le souvenir du viaduc de Souzain demeure vivace dans la mémoire collective briochine et dans les archives de l'ingénierie française, rappelant que certains chefs-d'œuvre techniques ne survivent pas toujours à l'évolution des infrastructures.
Le viaduc de Souzain s'inscrivait dans le courant de l'architecture d'ingénierie du début du XXe siècle, caractérisé par l'adoption progressive du béton armé comme matériau structurel principal. Harel de la Noë, fortement influencé par les travaux d'Hennebique et les expériences menées en parallèle par des pionniers comme Paul Séjourné, conçut un ouvrage à arches multiples en béton armé, dont la silhouette légère et les courbes épurées tranchaient avec la robustesse massive des viaducs en maçonnerie de granit alors dominants en Bretagne. La technique du béton armé permettait d'obtenir des travées d'une portée plus généreuse avec une épaisseur réduite, conférant à l'ensemble une élégance structurelle caractéristique des ouvrages de cette école. Les piles, vraisemblablement fines et élancées, soutenaient des arches en plein cintre ou en anse de panier, formule courante dans les viaducs de l'époque Hennebique. Les garde-corps et les parapets, coulés eux aussi en béton, témoignaient d'une volonté de cohérence esthétique entre les différents éléments de l'ouvrage. Implanté sur une vallée encaissée entre Saint-Brieuc et Plérin, le viaduc devait franchir une dénivellation notable, imposant une hauteur de tablier significative. Bien que ses dimensions exactes ne soient plus toutes documentées, l'ouvrage appartenait à la catégorie des viaducs de moyenne envergure, typiques des aménagements routiers et ferroviaires bretons du début du siècle. Sa construction illustrait parfaitement la transition architecturale et technique qui, entre 1900 et 1920, vit le béton armé s'imposer comme le matériau de référence du génie civil moderne en France.
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