Vestiges de l'amphithéâtre romain
Enfoui sous Cahors, l'amphithéâtre gallo-romain de Divona livre ses secrets dans une crypte archéologique unique : un édifice flavien contemporain des arènes de Nîmes, révélé en 2007.
History
Sous les allées Fénelon de Cahors sommeillait, depuis près de deux millénaires, l'un des témoignages les plus précieux de la Gaule romaine méridionale. Mis au jour en 2007 lors d'une fouille préventive, l'amphithéâtre de l'antique Divona Cadurcorum est aujourd'hui accessible dans une crypte archéologique aménagée avec soin, offrant une plongée vertigineuse dans la vie spectaculaire de la cité des Cadurques au Haut-Empire. Ce qui rend ce monument véritablement singulier, c'est la conjonction d'une découverte fortuite et d'une conservation remarquable des vestiges enfouis. Contrairement aux amphithéâtres de Nîmes ou d'Arles, dont les élévations défient encore le ciel, celui de Cahors a traversé les siècles dans l'obscurité du sous-sol, préservé des réemplois médiévaux et des destructions successives. Les archéologues y ont ainsi retrouvé des éléments de maçonnerie, de radiers et de structures de soutènement qui renseignent avec précision sur les techniques de construction flaviennes en Aquitaine. L'expérience de visite dans la crypte est à la fois intime et saisissante. On descend littéralement dans le temps, guidé par des panneaux interprétatifs qui restituent l'ampleur originelle du bâtiment et évoquent les foules qui s'y pressaient pour assister aux combats de gladiateurs et aux venatio — ces chasses aux fauves qui rythmaient la vie publique romaine. La muséographie permet de comprendre comment s'articulait cet édifice au sein de la trame urbaine antique de Divona. Le cadre cadurcien contribue à l'émotion du lieu. Cahors, blottie dans le méandre du Lot, conserve plusieurs strates de son passé gallo-romain, depuis l'arc de Diane jusqu'aux thermes du lycée. L'amphithéâtre en est le chainon manquant, celui qui complète le portrait d'une ville antique ambitieuse, dotée de tous les équipements de la romanitas. Classé Monument Historique en 2019, il s'impose comme l'une des découvertes archéologiques majeures du Lot de ces dernières décennies.
Architecture
L'amphithéâtre de Divona appartient à la grande famille des amphithéâtres gallo-romains de plan elliptique caractéristiques du Haut-Empire. Bien que seule une portion restreinte de l'édifice ait été dégagée lors des fouilles de 2007, les vestiges permettent de restituer un monument de dimensions significatives, comparable aux amphithéâtres de taille moyenne identifiés dans les capitales de cités de Gaule Aquitaine. Les archéologues ont notamment mis au jour des éléments de maçonnerie en opus incertum et en petit appareil régularisé — techniques mixtes courantes dans la construction publique flavienne en Gaule méridionale —, des radiers de fondation et des structures liées aux galeries souterraines de service, les hypogées, qui permettaient la circulation des gladiateurs et des animaux à l'abri des regards du public. La conception de l'édifice est qualifiée d'"originale" par les archéologues, ce qui suggère des adaptations locales notables : le monument cadurcien aurait tiré parti de la topographie du site pour ancrer une partie de ses gradins (cavea) dans un relief naturel, réduisant ainsi les coûts de construction des substructures portantes tout en assurant une capacité d'accueil respectable. Ce parti pris, que l'on retrouve dans plusieurs amphithéâtres gaulois de rang similaire, témoigne d'une ingénierie romaine pragmatique, attentive au contexte local. Les matériaux employés sont principalement le calcaire local du Quercy, pierre de taille blanche aux reflets dorés que l'on retrouve dans tous les grands chantiers antiques et médiévaux de la région. La crypte archéologique, conçue pour protéger et mettre en valeur les vestiges, propose une présentation horizontale des structures conservées, éclairées de manière à en révéler la texture et le soin de leur mise en œuvre, invitant le visiteur à mesurer la sophistication technique des bâtisseurs romains de Divona.


