Tuilerie des Milles, ancien camp d'internement
Ancienne tuilerie reconvertie en camp d'internement sous Vichy, les Milles portent la mémoire de milliers de déportés et des œuvres clandestines de Max Ernst et Hans Bellmer, aujourd'hui classées Monument Historique.
History
Au cœur de la plaine aixoise, le Site-Mémorial du Camp des Milles occupe une ancienne tuilerie-briqueterie dont les hautes cheminées et les voûtes de briques rouges abritent l'un des témoignages les plus poignants de la Seconde Guerre mondiale sur le sol français. Monument Historique classé depuis 1993, ce lieu est aujourd'hui le seul grand camp d'internement et de déportation français encore intact, transformé en espace muséal et de réflexion sur les mécanismes qui conduisent aux crimes de masse. Ce qui rend les Milles absolument singuliers dans le panorama mémoriel français, c'est la coexistence paradoxale et troublante entre la brutalité d'un camp d'internement et la vitalité créatrice de ses prisonniers. Dans les murs mêmes où s'entassèrent des milliers de réfugiés, des artistes de renommée mondiale continuèrent à peindre, à écrire, à composer. Les peintures murales du réfectoire, exécutées par Max Ernst et Hans Bellmer, constituent un témoignage artistique exceptionnel, restauré en 1994, qui dialogue silencieusement avec l'histoire tragique du lieu. L'expérience de visite est à la fois intellectuelle et profondément humaine. Les espaces industriels — four à tuiles, ateliers, réfectoire — ont été soigneusement préservés dans leur état d'origine, et les collections permanentes mêlent objets authentiques, archives photographiques et dispositifs numériques pour restituer, sans jamais verser dans le spectaculaire, le quotidien des internés. Une salle entière est consacrée aux mécanismes psychologiques et sociaux qui permettent la déshumanisation : un contrepoint pédagogique rare et salutaire. Le cadre lui-même participe à l'émotion : l'architecture industrielle brute — briques ocre, poutres métalliques, lumière filtrée par de hautes fenêtres — confère au lieu une atmosphère grave et recueillie, loin de toute muséographie aseptisée. Les visiteurs ressortent rarement indifférents de cette confrontation frontale avec l'une des pages les plus sombres de l'histoire contemporaine française.
Architecture
La tuilerie des Milles est un édifice industriel caractéristique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, entièrement construit en brique de terre cuite, matériau produit sur place. L'ensemble se compose de plusieurs corps de bâtiments organisés autour des fonctions de production : four à cuisson continu de type Hoffmann, séchoirs à grand volume, ateliers de façonnage et entrepôts. Les espaces intérieurs se distinguent par leurs voûtes en berceau de briques rouges, leurs piliers massifs et leurs hauts plafonds qui diffusent une lumière industrielle caractéristique, aujourd'hui soulignée par les dispositifs muséographiques contemporains. Les cheminées d'usine, encore dressées au-dessus du site, constituent le signal visuel le plus immédiatement identifiable du lieu dans le paysage de la plaine aixoise. Le réfectoire, espace central de la vie du camp, conserve sur ses murs les peintures murales exécutées par Max Ernst et Hans Bellmer entre 1939 et 1940. Réalisées à même l'enduit, mêlant figures surréalistes, animaux fantastiques et scènes oniriques, ces œuvres in situ constituent un document artistique et historique sans équivalent. Recouvertes de badigeon pendant les décennies d'exploitation industrielle d'après-guerre, elles ont été redécouvertes puis restaurées avec soin en 1994, révélant leur palette ocre, brune et noire, en parfaite harmonie involontaire avec la matière brute des murs. L'architecture brute et non restaurée du site a été délibérément préservée dans son intégrité pour maintenir l'authenticité du témoignage historique.


