Tour Foubert (ou Fulbert) , ou Maison de la Tabagie
Sentinelle médiévale du quartier Châteauneuf, la tour Foubert dresse ses arcatures romanes au cœur de Tours — vestige rare d'une défense urbaine du XIIe siècle reconvertie en maison bourgeoise sous Louis XIV.
History
Dissimulée dans le tissu urbain dense du vieux Tours, la tour Foubert — également nommée tour Fulbert ou Maison de la Tabagie — constitue l'un des témoignages les plus précieux de l'architecture militaire romane du Val de Loire. Dressée au XIIe siècle pour surveiller la porte de l'Ecrignole, elle incarne à elle seule douze siècles d'histoire tourangelle, de l'enceinte médiévale de Châteauneuf aux fastes discrets du Grand Siècle. Ce qui distingue la tour Foubert de bien des ruines fortifiées, c'est sa métamorphose réussie en demeure habitée. Au XVIIe siècle, les chanoines de Saint-Martin lui insufflent une nouvelle vie en y accolant un corps de logis et un escalier en bois d'une élégance surprenante. Le soubassement militaire et la grâce classique cohabitent ici sans artifice, offrant au visiteur attentif le spectacle rare d'une architecture en dialogue avec elle-même. Le point d'orgue architectural reste la magnifique arcature aveugle en arc brisé qui court sur le troisième étage de chaque façade. Ces quatre arches, jadis scandées de colonnettes à chapiteaux feuillagés, évoquent la sophistication ornementale des grandes collégiales ligériennes. On y devine l'influence du chantier de Saint-Martin de Tours, dont les maîtres d'œuvre ont manifestement supervisé les travaux défensifs de Châteauneuf. L'escalier intérieur à rampes droites réserve une surprise de taille : son départ est sculpté d'une grande volute chargée de rinceaux, de palmes et d'un médaillon couronné d'une croix, probablement destiné à accueillir les armoiries de la collégiale Saint-Martin. Ce détail luxueux trahit l'ambition des commanditaires ecclésiastiques qui transformèrent une tour de guet en résidence digne de leur rang. Aujourd'hui inscrit aux Monuments Historiques depuis 1948, l'édifice porte aussi les stigmates de l'histoire contemporaine : en 1958, des travaux menés dans son voisinage immédiat ont provoqué un effondrement partiel, laissant la tour dans un état lacunaire qui, paradoxalement, renforce son aura de fragment du temps.
Architecture
La tour Foubert s'élève sur un plan carré caractéristique de l'architecture militaire romane, comptant trois étages sur rez-de-chaussée dans son état actuel, amputé de ses niveaux sommitaux d'origine. Les maçonneries de moellons calcaires, taillés dans le tuffeau local si caractéristique du Val de Loire, confèrent à l'ensemble cette teinte crème dorée propre aux monuments tourangeaux. L'appareil soigné des parements, notamment aux angles, témoigne d'une mise en œuvre de qualité, compatible avec un commanditaire puissant tel que le chapitre de Saint-Martin. L'élément architectural le plus remarquable demeure l'arcature aveugle décorant le troisième étage de chaque façade. Composée de quatre arcs brisés reposant, à l'origine, sur de fines colonnettes à chapiteaux sculptés de motifs végétaux — feuilles d'acanthe, rinceaux, palmettes — cette décoration trahit l'influence des ateliers de sculpture romano-gothique actifs en Touraine dans la seconde moitié du XIIe siècle. La transition entre le plein cintre roman tardif et l'arc brisé gothique naissant est ici saisie dans toute sa subtilité, faisant de la tour un document architectural de premier ordre. Le corps de logis du XVIIe siècle, accolé à la façade orientale, introduit un contraste stylistique assumé. L'escalier intérieur à rampes droites en bois constitue le joyau de cet ajout : son départ sculpté, orné d'une grande volute chargée de rinceaux, de palmes et d'un médaillon surmonté d'une croix, révèle la main d'un menuisier-sculpteur de talent, probablement formé dans les ateliers parisiens ou orléanais. Le médaillon, vraisemblablement destiné aux armoiries de la collégiale Saint-Martin, illustre la permanence du lien entre la tour et ses commanditaires ecclésiastiques à travers les siècles.


