Terrain contenant les vestiges archéologiques du Jardin de Grassi (675 m2)
Sous les jardins d'Aix-en-Provence sommeillent les vestiges du Jardin de Grassi, site archéologique classé Monument Historique révélant deux millénaires de présence humaine au cœur de la cité du roi René.
History
Au cœur d'Aix-en-Provence, ville dont le sol recèle l'une des plus belles stratigraphies archéologiques de Provence, le site du Jardin de Grassi constitue un témoignage exceptionnel des couches successives de l'occupation humaine depuis l'Antiquité. Ces 675 mètres carrés, classés Monument Historique depuis 1958, représentent bien plus qu'un simple terrain : ils sont une fenêtre ouverte sur l'histoire longue d'Aquae Sextiae, la cité romaine fondée en 122 avant notre ère par le consul Caius Sextius Calvinus. Ce que le sol preserve ici, c'est la mémoire stratifiée d'une ville qui ne cessa jamais d'être habitée. Les vestiges mis au jour dans ce jardin témoignent de la richesse architecturale et urbaine d'Aix à travers les âges : sols en opus signinum caractéristiques de l'époque romaine, fondations de murs, canalisations antiques et éléments décoratifs qui évoquent la prospérité d'une cité thermale et administrative de premier plan dans la Gaule Narbonnaise. La singularité du site réside dans sa localisation au sein du tissu urbain historique d'Aix, dans ce quartier où les hôtels particuliers de la noblesse provençale ont recouverts, sans les détruire totalement, les strates de l'Antiquité tardive et du Moyen Âge. Le nom même de « Jardin de Grassi » évoque les grandes familles de la bourgeoisie aixoise qui façonnèrent l'architecture de la ville aux XVIIe et XVIIIe siècles. Pour le visiteur curieux et passionné de patrimoine, ce site invite à une réflexion sur l'invisible : l'essentiel de ce qui fut découvert ici ne se voit plus à l'œil nu, mais sa protection garantit que les générations futures pourront encore apprendre de ce sol précieux. La visite s'intègre naturellement dans un parcours à travers le centre historique d'Aix, entre ses fontaines mousseuses, ses cours Mirabeau et ses musées archéologiques qui exposent les découvertes issues de fouilles similaires.
Architecture
Le site archéologique du Jardin de Grassi ne présente pas, à proprement parler, d'architecture visible en élévation : sa richesse est souterraine, inscrite dans les strates accumulées sur plus de deux millénaires d'occupation humaine. Les vestiges mis au jour lors des fouilles révèlent cependant des éléments architecturaux caractéristiques de l'urbanisme romain provincial : sols en opus signinum (mortier de tuileau rose imperméable), portions de murs en appareil régulier, traces de canalisations en terre cuite et fragments d'enduits peints témoignant du soin apporté à la décoration intérieure des demeures antiques. La superficie protégée de 675 mètres carrés correspond à un îlot de la trame urbaine historique d'Aix, enchâssé entre les constructions des XVIIe et XVIIIe siècles qui constituent le cadre bâti environnant. Ces hôtels particuliers baroque et classique, caractéristiques du « pays d'Aix », ont paradoxalement contribué à la conservation des vestiges en empêchant les grandes perturbations du sol liées à des constructions plus récentes. Les matériaux identifiés lors des fouilles reflètent les ressources locales et les techniques de l'Antiquité provençale : calcaire du pays d'Aix, tuiles en terre cuite locale, mortier de chaux et sable. Les niveaux médiévaux superposés témoignent d'une continuité d'occupation avec des structures plus légères, tandis que les aménagements modernes liés au jardin de la famille de Grassi — probablement des allées dallées, des bassins et des murets de soutènement — forment la couche la plus récente du millefeuille stratigraphique.


