Sous les rues de Corseul sommeille Fanum Martis, capitale gallo-romaine des Coriosolites. Ce site archéologique exceptionnel livre, sur quatre siècles, les secrets d'une ville antique enfouie au cœur de la Bretagne.
Au cœur du bourg breton de Corseul, dans les Côtes-d'Armor, le sol cache l'une des plus remarquables cités gallo-romaines du nord-ouest de la Gaule. Connue dans l'Antiquité sous le nom de Fanum Martis — le sanctuaire de Mars —, cette ville fut la capitale de la cité des Coriosolites, un peuple gaulois dont le territoire s'étendait sur l'actuelle Bretagne nord. Le site de Monterfil, inscrit aux Monuments Historiques depuis 1995, en constitue l'un des secteurs les mieux préservés et les plus riches en informations archéologiques. Ce qui distingue fondamentalement Corseul des autres sites antiques, c'est la continuité de l'occupation humaine : le bourg moderne repose littéralement sur les fondations de la ville romaine, préservant ainsi, malgré les siècles, une stratigraphie exceptionnelle. Là où d'autres cités gallo-romaines sont désertées et visibles à ciel ouvert, Monterfil invite à un voyage mental, à une reconstitution imaginaire du tissu urbain antique dissimulé sous les pavés actuels. Les fouilles conduites sur les parcelles 79 et 80 — acquises par la commune pour constituer une précieuse réserve archéologique — ont mis au jour des bâtiments à vocation artisanale et commerciale, des tronçons de voirie romaine et de nombreux vestiges de la vie quotidienne s'étalant du début du Ier siècle à la fin du IVe siècle apr. J.-C. Cette amplitude temporelle de près de quatre cents ans témoigne de la vitalité et de la permanence d'une ville prospère, carrefour commercial et administratif de la péninsule armoricaine. La visite du site s'inscrit idéalement dans un circuit plus large à travers Corseul, qui possède notamment le célèbre Temple de Mars, seul monument gallo-romain encore visible en élévation dans la région. Le site de Monterfil, lui, relève davantage de l'archéologie en creux : il parle aux amateurs éclairés, aux passionnés de l'Antiquité et aux curieux qui savent lire le territoire au-delà des apparences. Un lieu discret, presque secret, mais d'une densité historique rare.
Le site de Monterfil illustre les caractéristiques de l'architecture commerciale et artisanale gallo-romaine du Haut-Empire dans le nord-ouest de la Gaule. Les vestiges mis au jour correspondent à des structures en maçonnerie mixte, associant le granite local — pierre dure et abondante en Bretagne armoricaine — au mortier de chaux et aux briques de terre cuite. Les murs en opus incertum, constitués d'éclats de pierre irréguliers liés au mortier, alternent avec des assises de briques qui servaient à la fois de chaînage et de régularisation du bâti, selon une technique romaine bien documentée dans tout l'Occident romain. La voirie mise au jour présente le profil bombé caractéristique des chaussées romaines, avec un empierrement soigné destiné à assurer le drainage des eaux de pluie. Les bâtiments identifiés présentent des plans rectangulaires simples, organisés en façade sur rue, conformément au modèle de la taberna romaine — ces locaux commerciaux ouverts directement sur la voie publique, que l'on retrouve à Pompéi comme dans toutes les villes du monde romain. Les niveaux de sol, en mortier de tuileau rosé ou en terre battue, et les traces de foyers domestiques révèlent une occupation dense et continue, typique d'un quartier péricentral actif. Si le site n'offre pas de vestiges en élévation spectaculaires — l'enfouissement sous le bourg actuel ne le permettant pas —, la qualité et la densité des données stratigraphiques en font un laboratoire archéologique de premier ordre pour comprendre la morphologie urbaine de Fanum Martis.
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