Au cœur du Morbihan néolithique, ces sépultures circulaires sous tertre tumulaire du Bono révèlent cinq millénaires d'histoire funéraire bretonne, témoins silencieux d'une civilisation mégalithique d'une sophistication étonnante.
Dans la douce campagne du Bono, aux portes du golfe du Morbihan, surgissent des buttes de terre et de pierre qui défient le temps depuis plus de cinq mille ans. Ces sépultures circulaires sous tertre tumulaire comptent parmi les vestiges les plus discrets et les plus émouvants de la civilisation néolithique qui a façonné la Bretagne bien avant l'arrivée des Celtes. Loin de la célébrité de Carnac, elles offrent une rencontre intime et authentique avec les premiers bâtisseurs de l'humanité européenne. Ce qui rend ces structures singulières, c'est leur plan en sépultures circulaires — une forme moins répandue que les allées couvertes ou les dolmens à couloir, et qui trahit une conception architecturale et symbolique particulière du monde funéraire néolithique. Le cercle, figure de l'éternité et du cycle solaire, y structure l'espace des morts avec une intention manifeste, révélant une pensée cosmologique déjà élaborée chez ces paysans-bâtisseurs du Ve ou IVe millénaire avant notre ère. Le cadre naturel renforce la force évocatrice du site. Le Bono, commune lovée entre l'estuaire du Loc'h et les eaux scintillantes du golfe du Morbihan, offre un environnement préservé, planté de chênes et de landes, qui n'est pas sans rappeler celui que les constructeurs de ces tombes devaient connaître. Quelques pas suffisent pour quitter le temps présent et laisser l'imaginaire vagabonder vers des rituels funéraires que l'archéologie s'efforce encore de déchiffrer. Classés Monuments Historiques depuis 1928, ces tumulus bénéficient d'une protection qui garantit leur intégrité. Le visiteur attentif distinguera les renflements caractéristiques du tertre, la légère dépression centrale parfois visible, et l'ordonnancement circulaire des pierres de parement qui ceinturaient jadis la structure. Une visite à pas lents, les yeux ouverts, récompense d'une émotion rare, celle du contact direct avec l'une des plus anciennes expressions humaines du souci des morts.
Ces sépultures circulaires sous tertre tumulaire présentent la morphologie caractéristique des monuments funéraires collectifs du Néolithique armoricain. Chaque structure se compose d'un tertre de terre et de pierraille, de plan circulaire ou sub-circulaire, dont le diamètre pouvait osciller entre dix et vingt-cinq mètres selon l'importance sociale des défunts inhumés. La hauteur originelle du tertre, aujourd'hui partiellement arasée par l'érosion et les usages agricoles, atteignait vraisemblablement plusieurs mètres, conférant à l'ensemble une silhouette monumentale visible dans le paysage. L'ossature interne repose sur une chambre funéraire de type circulaire ou polygonal, construite en pierres sèches de granite local — matériau abondant dans le Morbihan — et couverte de grandes dalles horizontales formant une fausse voûte en encorbellement ou un plafond monolithique. Cette chambre était accessible depuis l'extérieur par un couloir d'accès plus ou moins long, permettant des inhumations successives. Le pourtour du tertre était délimité par un parement de pierres dressées ou posées à plat, formant une couronne périphérique qui soulignait la forme circulaire de l'ensemble et le distinguait nettement du terrain environnant. Les matériaux mis en œuvre sont exclusivement locaux : granite du Morbihan pour les structures portantes, terre et argile pour le remplissage du tertre, éclats de pierre pour le calage. Cette économie de moyens, loin d'être une pauvreté technique, témoigne d'une maîtrise parfaite des ressources du territoire et d'une connaissance empirique remarquable des techniques de construction en pierre sèche, dont certains principes ne seront redécouverts en architecture savante que bien plus tard.
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