Château de Sales (également sur commune de Lalande-de-Pomerol)
Vestige maniériste du Grand Siècle bordelais, le château de Sales déploie son plan en cour fermée hérité des forteresses médiévales, sublimé d'un décor raffiné entre Libourne et Lalande-de-Pomerol.
History
Niché aux confins de l'Entre-deux-Mers libournais, le château de Sales offre l'une de ces rares synthèses où la rigueur défensive du Moyen Âge tardif se fond dans l'élégance ornementale du maniérisme français. Son plan entièrement clos, organisé autour d'une cour intérieure, rappelle que ses bâtisseurs n'avaient pas encore renoncé à la forteresse, quand bien même la paix revenue sous Henri IV autorisait désormais la fantaisie décorative. Ce qui distingue Sales de tant d'autres demeures de la région bordelaise, c'est précisément cette tension créatrice entre le massif et le gracieux : des murs qui ferment, des ornements qui s'épanchent. Le décor maniériste — pilastres, frontons brisés, niches et modénatures — témoigne d'un propriétaire instruit des courants artistiques italianisants qui traversaient alors la France depuis Fontainebleau. L'ensemble compose un témoignage rare de la culture architecturale d'un notable aquitain du début du XVIIe siècle. Les jardins, bien que remodelés au fil des siècles, conservent leur ossature historique. La pièce d'eau creusée entre 1770 et 1780 introduit une touche de paysagisme à la française dans un domaine qui s'était d'abord voué à l'utilitaire potager. Les pelouses actuelles, qui ont succédé aux parterres dessinés sur les plans de 1770-1772, laissent imaginer l'ambition première d'un jardin de plaisance digne de la résidence d'un maire de Libourne. Visiter le château de Sales, c'est arpenter un domaine où chaque siècle a laissé sa couche sédimentaire : le plan du XVIIe, le décor intérieur remanié après 1734, les communs charpentés entre 1830 et 1840, le jardin agrandi en 1834. Cette stratification historique en fait un document architectural vivant, plus complexe et plus honnête qu'une restauration trop lissée. Les amateurs de patrimoine authentique et les historiens de l'architecture y trouveront matière à une contemplation nourrie.
Architecture
Le château de Sales présente un plan caractéristique hérité des logis fortifiés médiévaux : un quadrilatère entièrement clos dont les corps de bâtiments s'organisent autour d'une cour intérieure. Ce dispositif, qui tranche avec l'ouverture sur les jardins adoptée dans la plupart des châteaux français contemporains, confère à l'ensemble une compacité et une cohérence volumétriques saisissantes. Les élévations extérieures, sobres et continues, contrastent avec la richesse ornementale des façades sur cour, où le vocabulaire maniériste s'exprime pleinement : pilastres superposés à chapiteaux composites, entablements continus, frontons alternativement triangulaires et curvilignes surmontant les baies, et niches destinées à recevoir des sculptures. Ce répertoire formel, directement inspiré des chantiers royaux du XVIe siècle et diffusé par les traités d'architecture de Philibert de l'Orme et de Jacques Androuet du Cerceau, témoigne d'une culture architecturale affirmée chez le commanditaire libournais. Les matériaux, typiquement locaux, associent la pierre de taille calcaire du Libournais — d'une teinte dorée qui réchauffe les façades sous le soleil aquitain — aux enduits et aux menuiseries peintes. Les toitures à pentes moderées, couvertes de tuiles plates, achèvent de donner à l'ensemble son caractère méridional tempéré. À l'intérieur, les remaniements du XVIIIe siècle ont superposé un décor de style Régence puis Louis XV aux structures du XVIIe siècle : cheminées en marbre, boiseries peintes et plafonds moulurés composent des appartements d'une élégance sobre. Les communs, dont la charpente fut refaite entre 1830 et 1840, complètent le dispositif architectural selon la tradition des domaines viticoles girondins.


