
Château de Rocheplatte
Château de Rocheplatte : un joyau Louis XV dressé sur ses douves en eau, où un souterrain gothique à croix de Lorraine veille sous la cour depuis le XIIIe siècle.

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History
Niché dans le bocage loirétain d'Aulnay-la-Rivière, le château de Rocheplatte est l'un de ces édifices rares qui superposent sans ostentation sept siècles d'histoire. En surface, une élégante demeure du XVIIIe siècle aux proportions harmonieuses, encadrée de quatre tours circulaires médiévales et ceinte de douves en eau vive ; en profondeur, un mystérieux réseau souterrain voûté sur croisées d'ogives qui plonge le visiteur dans le Moyen Âge le plus profond. Ce qui rend Rocheplatte véritablement singulier, c'est la coexistence d'une architecture de plaisance raffinée — fronton Louis XV, boiseries sculptées, rampe de fer forgé parisienne — et d'un plan médiéval parfaitement conservé. Le carré féodal aux tours d'angle, typique des forteresses du Bassin parisien, n'a pas été effacé mais magnifié, transformé en écrin pour la sensibilité classique du XVIIIe siècle. L'accès par le pont dormant à trois arches en anse de panier ménage une entrée en matière théâtrale : on franchit les douves en regardant la façade sud s'ouvrir sur la cour d'honneur, dont le cordon de noblesse ceinture l'ensemble avec une discrétion aristocratique. Les ailes en retour encadrent l'espace sans l'écraser, créant une cour à la française intimiste et lumineuse. À l'intérieur, le salon aux boiseries Louis XV offre l'un des décors les plus homogènes de la région Centre-Val de Loire : lambris sculptés, gypseries en arabesques, cheminée à console — un ensemble qui témoigne du soin apporté par les commanditaires du XVIIIe siècle. La rampe d'escalier en fer forgé, venue d'un hôtel particulier parisien, ajoute à l'ensemble une élégance urbaine inattendue en pleine campagne solognote. Le vrai coup de théâtre reste la descente dans le souterrain médiéval : une nef à cinq travées ogivales, deux transepts formant une croix de Lorraine, le tout taillé dans la craie tuffeau de la plaine beauceronne. Un espace à nul autre pareil, qui interroge autant qu'il fascine.
Architecture
Le château de Rocheplatte repose sur un plan carré d'origine féodale dont les quatre tours circulaires d'angle constituent l'élément structurant le plus ancien. Entouré de douves en eau, l'ensemble est ceint d'un cordon de noblesse qui souligne horizontalement le soubassement et confère à la silhouette une élégance sobre. L'accès se fait par un pont dormant à trois arches en anse de panier — forme caractéristique du goût Louis XV pour les lignes courbes et les proportions généreuses — qui descend doucement vers la cour d'honneur pavée. Le logis principal, construit en 1726, présente sur sa façade sud un fronton triangulaire de style Louis XV supporté par deux larges pilastres. Ce motif central, couronné d'un pavillon et d'une lucarne Napoléon III ajoutée postérieurement, crée un jeu de verticalités qui anime une façade par ailleurs strictement horizontale. Deux ailes en retour complètent le plan en U, formant une cour intérieure protégée. Les matériaux employés, vraisemblablement la pierre calcaire de Beauce et le tuffeau de la Loire, donnent à l'ensemble cette teinte blonde dorée typique des châteaux du Loiret. L'intérieur révèle un décor d'une grande qualité : le salon est entièrement lambrissé de boiseries Louis XV sculptées d'arabesques et de motifs floraux, tandis que la grande chambre du premier étage est à l'est reprend le même vocabulaire ornemental. La rampe d'escalier en fer forgé, originellement conçue pour un hôtel parisien, présente un travail de ferronnerie d'art exceptionnel aux rinceaux et volutes typiques du style Régence-Louis XV. Le souterrain médiéval, enfin, constitue un chef-d'œuvre technique à part entière : une nef de cinq travées sur croisées d'ogives prolongée par deux transepts formant une croix de Lorraine, le tout creusé dans la craie tuffeau, probablement éclairé à la bougie et accessible depuis les douves par un puits.


