
Restes de l'ancien manoir de Cluis-Dessus
Niché dans le Berry profond, ce manoir médiéval de Cluis-Dessus dévoile un escalier à tourelle gothique et des intérieurs du XVIIe siècle ornés de peintures dans l'esprit de Poussin et de lambris peints d'arabesques d'une rare élégance.

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History
Perché sur les hauteurs de Cluis, petite cité de l'Indre marquée par ses vestiges médiévaux, le manoir de Cluis-Dessus est l'un de ces lieux secrets que la France rurale recèle dans ses plis oubliés. Bien loin des châteaux de carte postale, ce manoir révèle une stratification temporelle fascinante : gothique flamboyant et art classique du Grand Siècle s'y côtoient avec une harmonie inattendue, témoignant de deux siècles d'attachement d'une même lignée à ses murs. Ce qui distingue Cluis-Dessus de nombreux manoirs berrichons de même époque, c'est la qualité exceptionnelle de ses décors intérieurs. Là où la plupart des demeures seigneuriales rurales ont subi les affres du temps et des révolutions successives, plusieurs pièces du manoir ont conservé leurs lambris et plafonds en bois peint du XVIIe siècle, ornés de rinceaux et d'arabesques, véritables chefs-d'œuvre de l'artisanat d'art provincial. Les peintures en dessus de portes et de cheminées, d'inspiration poussiniste, confèrent à l'ensemble une dimension quasi muséale. L'expérience de visite est celle d'une découverte intimiste, bien différente des circuits touristiques balisés. On y perçoit la vie quotidienne d'une noblesse de province soucieuse de maintenir son rang et son raffinement, commandant à des artistes locaux des œuvres inspirées des grands maîtres parisiens et romains. Les tapisseries qui habillent certains murs accentuent cette impression de cabinet de curiosités aristocratique, suspendu dans le temps. Le cadre bucolique du Berry environnant — bocage, prairies douces et ciel immense — renforce le sentiment d'isolement hors du temps qui enveloppe le visiteur dès son approche. Les restes architecturaux extérieurs, dominés par la tourelle d'escalier au portail en accolade, dressent une silhouette sobre mais noble sur le plateau berrichon, invitant à la contemplation autant qu'à l'exploration.
Architecture
L'architecture du manoir de Cluis-Dessus reflète fidèlement sa double nature, fruit de deux campagnes de construction séparées de deux siècles. De la construction du XVe siècle, il subsiste essentiellement l'escalier à tourelle, élément structurant de la composition médiévale du logis. Sa porte en accolade — arc dont les deux branches se recourbent en S avant de se rejoindre au sommet — est un exemple abouti du vocabulaire gothique flamboyant que maîtrisaient parfaitement les tailleurs de pierre du Berry à cette époque. La tourelle, sans doute polygonale, articulait les circulations verticales du manoir d'origine. Les façades, presque entièrement reconstruites au XVIIe siècle, adoptent un registre architectural plus sobre, propre à la production seigneuriale provinciale du règne de Louis XIII ou des premières décennies du règne de Louis XIV : travées régulières, baies à croisée de pierre ou à linteau droit, corniche moulurée. Les matériaux locaux — calcaire du Berry, ardoise de la région pour les toitures — confèrent à l'ensemble cette teinte grise et dorée caractéristique de l'architecture domestique de l'Indre. L'intérieur constitue la véritable richesse architecturale du monument. Plusieurs pièces ont conservé leurs plafonds à solives peintes et leurs lambris en bois, ornés de motifs d'arabesques et de rinceaux en camaïeu ou polychromie. Des supraportes et des dessus de cheminées accueillent des compositions figuratives d'inspiration poussiniste — paysages habités, scènes mythologiques ou allégoriques — témoignant d'un programme décoratif ambitieux et cohérent. Des tapisseries, probablement flamandes ou d'Aubusson, complétaient ce dispositif de prestige, transformant les salles principales en véritables tableaux d'apparat à la française.


