Plateau des Antiques
Au cœur de la Provence, le Plateau des Antiques révèle deux joyaux de l'Antiquité romaine : un arc de triomphe et un mausolée exceptionnel, témoins silencieux d'une cité grecque puis romaine disparue.
History
À quelques centaines de mètres du centre de Saint-Rémy-de-Provence, là où la plaine de la Crau rencontre les premiers contreforts des Alpilles, le Plateau des Antiques constitue l'un des ensembles archéologiques les plus saisissants du monde romain en France. Deux monuments d'une conservation remarquable s'y dressent côte à côte : un arc de triomphe ornemental et un mausolée funéraire à tour étagée, tous deux datés du tournant du Ier siècle avant et du Ier siècle après Jésus-Christ. Ce site doit son caractère unique à la conjonction d'une architecture civique et d'une architecture funéraire de haut rang, préservées sur le même espace au fil des siècles. L'arc, dépourvu de voie de triomphe à proprement parler, semble avoir marqué l'entrée de l'antique Glanum, cité hellénistique puis romaine aujourd'hui partiellement fouillée juste en contrebas. Quant au mausolée, connu sous le nom de « Mausolée des Jules », il reste l'un des mieux conservés du monde romain occidental, avec ses frises sculptées d'une finesse extraordinaire narrant des scènes de chasse et de combat. L'expérience de visite est inoubliable, notamment au lever ou au coucher du soleil lorsque la lumière méditerranéenne dore la pierre calcaire locale et fait vibrer les reliefs sculptés. Le promeneur cultivé se trouvera transporté dans un espace suspendu entre deux civilisations — la Grèce des colons phocéens et la Rome impériale — tandis que le photographe amateur ou professionnel y trouvera matière à des clichés d'anthologie, avec pour décor les Alpilles en arrière-plan. Le Plateau des Antiques s'intègre naturellement dans un périmètre de visite plus large incluant les fouilles archéologiques de Glanum, toutes proches, et le voisinage de Saint-Paul-de-Mausole, l'ancien monastère où Vincent van Gogh séjourna en 1889. Cette concentration exceptionnelle de patrimoine dans un rayon de quelques centaines de mètres en fait l'une des destinations culturelles les plus denses de Provence.
Architecture
Le mausolée des Jules, pièce maîtresse du plateau, se compose de trois niveaux superposés atteignant environ 18 mètres de hauteur. Un socle quadrangulaire massif, orné de quatre panneaux sculptés en bas-relief représentant des scènes mythologiques — combats de cavaliers, chasse au sanglier, enlèvement de Déjanire — supporte un étage intermédiaire en forme d'arc quadrifrons (percé de quatre arches). Ce dernier est couronné par un édicule circulaire à coupole, entouré de dix colonnes corinthiennes finement cannelées, abritant les statues de deux togati, figures masculines en toge identifiant les défunts honorés. L'ensemble, taillé dans le calcaire coquillier local, déploie un programme iconographique d'une remarquable cohérence, mêlant références à la victoire militaire romaine et allusions à l'immortalité. L'arc municipal, plus modeste en hauteur (environ 6 mètres) mais d'un grand raffinement sculptural, présente une baie unique encadrée de pilastres composites. Ses voussures sont décorées de feuillages en arabesque d'une exécution très soignée, tandis que les écoinçons accueillent des figures de victoires ailées. Les faces latérales montrent des prisonniers gaulois et des trophées d'armes, témoignant de la propagande impériale romaine. Le calcaire blanc utilisé pour les deux monuments, extrait des carrières des Alpilles toutes proches, confère à l'ensemble une homogénéité chromatique et une résistance qui expliquent en partie leur remarquable état de conservation après vingt siècles.


