Phare
Sentinelle blanche et rouge de la presqu'île du Cap-Ferret, ce phare du XIXe siècle reconstruit après-guerre abrite de sublimes mosaïques signées Labouret et offre un panorama vertigineux sur le bassin d'Arcachon.
History
Dressé à la pointe de la presqu'île du Cap-Ferret, le phare veille depuis près de deux siècles sur l'un des passages maritimes les plus capricieux de la côte atlantique : l'entrée du bassin d'Arcachon, où les courants et les bancs de sable mobiles ont longtemps fait la fortune des naufrages. Sa silhouette élancée, blanche dans sa base, couronnée d'un rouge vif qui tranche sur le ciel girondin, est devenue l'une des images emblématiques de cette presqu'île sauvage prisée des estivants et des amateurs de nature. Ce qui distingue ce phare de ses homologues français, c'est la richesse de son décor intérieur. Franchir sa porte, encadrée d'un fronton sobre où cohabitent les dates 1840 et 1947, c'est pénétrer dans un espace inattendu : le hall d'entrée est entièrement orné de mosaïques réalisées par Auguste Labouret, maître verrier et mosaïste de renom, représentant le bassin d'Arcachon et la presqu'île dans toute leur splendeur géographique. Un programme décoratif rarissime pour un édifice de navigation maritime. L'expérience de visite combine la découverte d'un patrimoine technique d'exception et un effort physique récompensé au centuple. Après avoir contemplé les mosaïques et les bustes des grands savants de l'optique maritime, le visiteur emprunte l'ascenseur ou gravit les marches jusqu'à l'ancienne salle de service, puis accède à la lanterne. Le panorama qui s'offre alors — le bassin d'Arcachon d'un côté, l'océan Atlantique de l'autre, la forêt des Landes à perte de vue — justifie à lui seul le déplacement. Le cadre naturel qui entoure le phare amplifie encore son caractère exceptionnel. La presqu'île du Cap-Ferret, étroite langue de sable et de pins maritimes, offre aux abords du phare un paysage d'une rare authenticité : dunes, oyats, cabanes ostréicoles et voiliers glissant vers le large composent un tableau vivant que nulle carte postale ne saurait épuiser.
Architecture
Le phare du Cap-Ferret présente une morphologie typique des phares côtiers français du XIXe siècle, tout en affichant quelques singularités formelles qui le rendent immédiatement identifiable. La tour, légèrement tronconique dans sa partie basse, se resserre progressivement avant de s'épanouir en une section supérieure de plan dodécagonal — douze pans de maçonnerie de pierres apparentes — couronnée d'un anneau circulaire qui porte la lanterne. Cette transition entre le cylindre et le polygone est une solution architecturale qui renforce à la fois la solidité structurelle et l'élégance de la silhouette. La bicoloration blanche et rouge — le fût peint en blanc, la partie haute en rouge vif — répond à une logique de signalisation diurne autant qu'à une recherche esthétique. Au pied de la tour, le soubassement d'accès a été complété lors de la reconstruction par une salle des machines rectangulaire, reliée au phare par un couloir couvert. La porte d'entrée est surmontée d'un fronton sobre mais chargé de sens, portant les dates 1840 et 1947 encadrant un bas-relief représentant un navire, un poisson et l'étoile des phares — symboles réunis de la navigation, de la ressource maritime locale et de la fonction tutélaire de l'édifice. L'intérieur révèle un soin décoratif inhabituel pour un bâtiment technique. Le hall d'entrée est entièrement habillé de mosaïques d'Auguste Labouret, artiste associé à l'Art déco et aux grands chantiers de l'entre-deux-guerres, ici représentant avec précision et sensibilité le bassin d'Arcachon et la presqu'île du Cap-Ferret. Deux bustes évoquent les figures tutélaires de l'optique maritime : Beauchamps-Beaupré, hydrographe de la Marine, et Augustin Fresnel, physicien dont les lentilles révolutionnèrent l'efficacité des phares au XIXe siècle. Un ascenseur dessert l'ancienne salle de service, témoignage de la modernisation progressive des équipements.


