Phare de Beauduc, situé Pointe des Sablons
Sentinelle de pierre dressée aux confins sauvages de la Camargue, le phare de Beauduc veille depuis 1903 sur les eaux traîtresses du golfe du Lion, dernier phare construit en Camargue et monument historique oublié des lagunes.
History
Au bout d'une piste poussiéreuse qui traverse les étangs et les sansouïres de la Grande Camargue, surgit soudainement la silhouette élancée du phare de Beauduc. Ce fût de pierre calcaire, haut de plus de vingt-sept mètres, émerge d'un paysage presque lunaire — d'un côté les eaux calmes des étangs, de l'autre la Méditerranée qui gronde. L'édifice n'est pas simplement beau : il est improbable, posé là comme par oubli à la pointe des Sablons, à la limite extrême du delta du Rhône. Dernier phare jamais érigé en Camargue, Beauduc est l'aboutissement d'un siècle de lutte contre les naufrages le long de ces côtes basses et trompeuses. Sa particularité tient à sa mission étroite et précise : non pas guider les navires vers un port, mais signaler un seul danger — la pointe de Beauduc — et mettre fin à la confusion fatale entre le feu de Faraman et celui de l'île Planier. En cela, il est un phare de jalonnement côtier pur, dédié corps et âme à une seule fonction vitale. L'expérience de visite commence bien avant l'arrivée au phare. La piste qui y mène, impraticable par temps de pluie, traverse des paysages que peu de touristes foulent : flamants roses en vol bas, taureaux camarguais errant librement, aigrettes posées sur les berges des étangs salés. Arrivé au pied de la tour, le visiteur est frappé par le silence et l'immensité. Le phare n'est pas ouvert à la montée, mais son environnement suffit à justifier le détour. Les logements des gardiens, regroupés en petit hameau derrière la tour, forment avec elle un ensemble architectural cohérent et touchant, vestige d'une époque où des hommes vivaient ici dans l'isolement absolu, à mi-chemin entre ciel et mer. Depuis l'automatisation du phare en 2001, ces bâtiments se sont vidés de leur vie quotidienne, renforçant encore cette atmosphère de bout du monde. Inscrit aux Monuments historiques en 2013, le phare de Beauduc est une destination pour amateurs de photographie, de nature sauvage et de patrimoine maritime authentique. Il se visite idéalement au crépuscule, quand la lumière rasante incendie la pierre blonde et que le feu automatique commence son rythme de deux éclats — comme un cœur qui bat encore.
Architecture
Le phare de Beauduc présente la morphologie classique des phares côtiers français du début du XXe siècle : un fût cylindrique en pierre de taille calcaire, soigneusement appareillée, s'élevant à 27,20 mètres au-dessus du sol. Cette hauteur modeste — comparée aux grands phares de pleine mer — est cohérente avec sa vocation de jalonnement côtier de proximité : il ne s'agit pas d'être vu de loin, mais d'être identifié avec précision par les navires longeant la côte. La tour est surmontée d'une lanterne en bronze, métal choisi pour sa résistance à la corrosion marine, coiffée d'un dôme à facettes caractéristique de la production des ateliers des Ponts et Chaussées de l'époque. L'intérieur de la tour, accessible par une porte en plein cintre au niveau du sol, abrite un escalier à vis en pierre menant jusqu'à la galerie de la lanterne. Les murs intérieurs, épais pour garantir la stabilité de la structure dans les vents violents du mistral et du marin, sont revêtus d'un enduit à la chaux. L'optique catadioptrique de 0,50 mètre de diamètre, système à quatre panneaux tournants, concentre et dirige la lumière selon le principe des lentilles de Fresnel, permettant d'atteindre une portée de dix-sept milles malgré la modestie de la source lumineuse. L'ensemble architectural comprend également les logements des gardiens, disposés en bâtiments bas à l'arrière de la tour, formant un petit établissement autonome caractéristique des stations de phare françaises. Ces constructions, en pierre enduite, avec leurs volets en bois et leurs jardins protégés du vent par des murets, témoignent du soin apporté à l'habitabilité d'un lieu voué à un isolement prolongé. Le contraste entre la verticalité élancée du phare et l'horizontalité humble des logements compose une silhouette reconnaissable entre toutes dans le paysage plat de la Camargue.


