Moulin du Boëlle
Moulin banal médiéval ressuscité dans un gothique flamboyant, le Moulin du Boëlle veille sur le Thouet depuis l'an mil, témoin silencieux de neuf siècles de meunerie angevine.
History
Niché sur la rive droite du Thouet, aux pieds du château de Montreuil-Bellay, le Moulin du Boëlle incarne une forme rare de continuité industrielle et patrimoniale. Ce moulin banal, lié par essence à la seigneurie qui le possédait et l'imposait à ses serfs, raconte bien plus qu'une simple histoire de meunerie : il est le reflet concret des rapports féodaux qui structuraient la vie quotidienne des paysans angevins depuis le Moyen Âge. Ce qui rend le Boëlle vraiment singulier, c'est sa double nature : monument médiéval dans sa mémoire et dans sa silhouette gothique, mais machine industrielle dans son équipement de la fin du XIXe siècle. La reconstruction de 1896, orchestrée par l'architecte Émile Roffay, n'a pas cherché la rupture mais la continuité stylistique, habillant un outil résolument moderne — broyeurs à cylindres, mouture entièrement automatique — d'une architecture néo-gothique respectueuse du paysage castral environnant. Ce dialogue entre archaïsme formel et modernité technique est proprement fascinant. L'expérience de visite est avant tout paysagère. Le moulin s'inscrit dans un tableau d'une cohérence remarquable : les tours du château dominant la falaise de tuffeau, la courbe lente du Thouet, la longue chaussée qui barre la rivière sur plusieurs centaines de mètres pour alimenter l'usine. Ce dispositif hydraulique, partiellement conservé, donne une idée concrète de l'ingéniosité des aménagements meunier médiévaux et de leur emprise sur le paysage. Le cadre géographique ajoute une dimension supplémentaire. Montreuil-Bellay est l'un des sites médiévaux les mieux préservés du Maine-et-Loire, et le moulin en est le pendant populaire et laborieux, à l'opposé de la noblesse froide des remparts. Photographes et passionnés d'histoire industrielle y trouveront une matière exceptionnelle, surtout à l'heure où la lumière rasante de fin de journée dore les pierres de tuffeau et argenté la surface du Thouet.
Architecture
Dans sa configuration issue de la reconstruction de 1896, le Moulin du Boëlle présente une architecture néo-gothique soignée, fidèle au vocabulaire du XVe siècle angevin. L'architecte Émile Roffay a travaillé en tuffeau blanc, la pierre calcaire typique de la vallée de la Loire et du Thouet, ce qui confère à l'édifice une unité chromatique parfaite avec le château voisin et les constructions historiques de Montreuil-Bellay. Les bâtiments, perpendiculaires au courant du Thouet, s'appuient directement sur la rive droite, selon un dispositif hérité de la configuration médiévale antérieure à l'incendie. La disposition hydraulique constitue l'un des éléments les plus remarquables de l'ensemble. Une longue chaussée partant de l'extrémité du moulin remonte et barre la rivière sur plusieurs centaines de mètres, créant une retenue artificielle destinée à détourner les basses eaux vers les vannes de l'usine. Ce système, d'une ampleur inhabituelle, permettait de maintenir un débit suffisant même en période d'étiage. L'ancienne configuration, connue par des documents du XIXe siècle, comportait deux à trois voies d'eau alimentant autant de roues hydrauliques, dispositif d'une puissance productive considérable pour l'époque. Intérieurement, le moulin fut équipé après 1896 des broyeurs à cylindres du « système Simon », en remplacement des meules traditionnelles. Ce système, fondé sur la compression progressive du grain entre des cylindres cannelés en acier, permettait une mouture entièrement automatique et une bien meilleure extraction. La coexistence d'une enveloppe gothique et d'une machinerie fin de siècle compose un intérieur d'une rare densité historique, caractéristique de cette période charnière où l'industrie se logeait volontiers dans des formes empruntées au passé.


