Moulin de Noès (également sur commune de Mérignac)
Dernier vestige d'une ferme expérimentale du XVIIIe siècle, le Moulin de Noès séduit par son élévation amont ornée d'une niche en cul de four et d'un fronton sculpté évoquant l'eau vive et les plantes aquatiques.
History
Posé sur la rivière du Peugue qui trace la limite naturelle entre Pessac et Mérignac, le Moulin de Noès est l'un des témoins architecturaux les plus insolites de la Gironde. Loin de la grandeur ostentatoire des châteaux médocains ou de la sobriété monastique de l'Aquitaine intérieure, ce moulin à trois arches incarne une ambition tout autre : celle d'un armateur éclairé du siècle des Lumières ayant voulu réinventer l'exploitation agricole à la bordelaise, dans un esprit résolument expérimental. Ce qui distingue immédiatement le Moulin de Noès, c'est la qualité exceptionnelle de son décor sculpté. Son élévation amont, tournée vers le courant, arbore une niche à voûte en cul de four encadrée de moulures soignées et surmontée d'une agrafe à volutes — un luxe ornemental rare pour un édifice utilitaire. Le fronton qui la couronne est sculpté de motifs aquatiques d'une grande finesse : eau ruisselante, conque marine et plantes des rivières y dessinent un programme iconographique en parfaite harmonie avec la fonction hydraulique du bâtiment. L'expérience de visite est avant tout celle d'une découverte paisible au fil de l'eau. Le visiteur se trouve ici à la lisière de deux communes de l'agglomération bordelaise, dans un écrin de verdure discret que l'urbanisation moderne n'a pas totalement absorbé. La rivière qui borde le moulin crée un cadre sonore apaisant, propice à la contemplation d'une architecture qui conjugue fonctionnalité meunière et raffinement décoratif. Restauré en 1993, le moulin bénéficie d'un bon état de conservation qui permet d'apprécier la qualité de sa maçonnerie et la cohérence de son ensemble architectural. Inscrit aux Monuments Historiques depuis 1984, il est protégé comme dernier représentant d'un domaine agricole innovant dont la ferme principale a malheureusement disparu, laissant à ce moulin la lourde responsabilité de témoigner seul d'une aventure agronomique pionnière.
Architecture
Le Moulin de Noès présente une architecture de caractère hybride, à mi-chemin entre l'édifice industriel et la construction soignée de maison de maître de campagne. Bâti sur trois arches enjambant la rivière, il adopte le plan classique des moulins à eau sur pile, où les piles maçonnées supportent à la fois la structure du moulin et abritent les mécanismes hydrauliques actionnés par le courant. La régularité de sa composition et la qualité de ses appareillages en pierre de taille trahissent une maîtrise d'ouvrage attentive et des moyens financiers confortables, ceux d'un armateur bordelais à l'apogée de sa prospérité. L'élément le plus remarquable de l'édifice est sans conteste son élévation amont, côté amont du courant. Une niche à voûte en cul de four — dispositif semi-circulaire en quart de sphère — y est encadrée de moulures finement profilées et surmontée d'une agrafe à volutes caractéristique du vocabulaire décoratif du XVIIIe siècle baroque tardif. Au-dessus, le fronton développe un programme sculpté d'une cohérence iconographique rare pour un moulin : l'eau ruisselante, la conque marine et les plantes aquatiques y constituent un hommage explicite à l'élément hydraulique qui anime le bâtiment. Cette attention portée au décor d'un ouvrage utilitaire reflète l'esthétique des Lumières, qui ne distinguait pas encore aussi nettement qu'aujourd'hui entre architecture noble et architecture fonctionnelle. Les matériaux mis en œuvre sont ceux du terroir girondin : pierre calcaire du bassin de l'Entre-Deux-Mers et moellons soigneusement assemblés, dans une tradition constructive locale bien établie au XVIIIe siècle. La toiture, vraisemblablement en tuiles canal ou en ardoise selon les usages régionaux de l'époque, complète un ensemble architectural d'une grande cohérence stylistique, sobre dans ses volumes mais remarquable dans ses détails.


