
Moulin Bleu
Moulin cavier du XVIe siècle à Bourgueil, héritage des moines bénédictins et témoin de sept siècles de meunerie tourangelle. Ses ailes Berton brevetées et sa butte maçonnée en font une pièce rare du patrimoine éolien ligérien.

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History
Dressé sur sa massive butte circulaire aux portes de Bourgueil, le Moulin Bleu incarne une forme d'intelligence rurale que les siècles n'ont pas effacée. Monument Historique depuis 1974, ce moulin cavier appartient à une tradition meunière enracinée dès le Moyen Âge dans le terroir tourangeau, portée par les bénédictins de la puissante abbaye locale bien avant que les grandes fermes seigneuriales n'en fassent leur instrument de production. Ce qui distingue le Moulin Bleu de la plupart de ses semblables, c'est la permanence de sa silhouette architecturale. Contrairement aux moulins-tours en bois ou aux moulins-pivots fragiles, ce moulin cavier repose sur un soubassement de maçonnerie robuste, couronné d'une coupole et d'un cône, conférant à l'ensemble une allure presque fortifiée. De loin, sa masse compacte, posée sur son promontoire de pierres et de rocailles, évoque davantage un belvédère de vignoble que la silhouette élancée des moulins de plaine. L'expérience de visite révèle plusieurs strates de temps superposées. On découvre d'abord l'ossature médiévale — la voûte en berceau de pierre, le massif de maçonnerie — puis les grandes ailes dites « Berton », système breveté en 1845, remontées et remises en état en 1933 après les ravages de la tornade de 1875. À l'intérieur, le bâti de charpente qui maintenait autrefois l'axe des meules témoigne du génie mécanique des artisans meunier. Une dalle de béton coulée par l'occupant allemand lors de la Seconde Guerre mondiale rappelle, avec brutalité, les usages militaires auxquels cette terrasse panoramique fut réquisitionnée. Le cadre de Bourgueil ajoute à l'intérêt du site. Au cœur du Val de Loire classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, le moulin s'inscrit dans un paysage de vignes et de tuffeau où l'histoire semble affleure à chaque détour de chemin. Un monument à la fois humble et éloquent, qui raconte en silence l'économie, les conflits et les savoir-faire d'une région façonnée par ses eaux et ses vents.
Architecture
Le Moulin Bleu appartient à la famille des moulins caviers, caractérisés par un soubassement fixe en maçonnerie massive sur lequel pivote uniquement la partie supérieure — la calotte — portant les ailes et le mécanisme. Cette conception, plus lourde que celle des moulins-pivots entièrement rotatifs, offre en contrepartie une stabilité et une durabilité supérieures, particulièrement adaptées aux régions exposées aux vents irréguliers du Val de Loire. La base du moulin est une imposante butte circulaire de maçonnerie et de rocailles, typique des constructions troglodytiques et de tradition tufarelle du Bourgueillois. À l'intérieur de cette masse se creuse une voûte en berceau de pierre, espace fonctionnel qui abritait les mécanismes inférieurs et les issues de stockage. Au-dessus, le corps cylindrique en maçonnerie est couronné d'une coupole ouverte sur laquelle repose un cône — la calotte — en pierre de taille, formant la partie tournante du moulin. À l'intérieur du corps principal, le bâti de charpente — large assemblage de poutres et de pièces de bois équarri — constituait l'ossature mécanique maintenant l'arbre de transmission et l'axe des meules. Les ailes, restaurées en 1933 selon le modèle breveté par Berton en 1845, sont du type à volets articulés, permettant une modulation fine de la surface exposée au vent. Ce système, sophistiqué pour son époque, représentait une avancée notable sur les ailes pleine toile des moulins anciens. La reconstruction de 1933 a respecté les proportions et la technologie d'origine, faisant du Moulin Bleu un témoignage cohérent de la meunerie éolienne du XIXe siècle. Seule la dalle de béton coulée en surplomb de la voûte par l'armée allemande tranche, par sa brutalité matérielle, avec l'homogénéité du reste de l'édifice.


