Moulin à vent dit Le Moulin Neuf
Sentinelle de schiste dressée sur les collines angevines, le Moulin Neuf d'Angrie conjugue tour médiévale, ailes Berton du XIXe siècle et moteur à huile anglais des années 1930 — et tourne encore aujourd'hui.
History
Au cœur du bocage mayennais et des collines schisteuses du nord-Anjou, le Moulin Neuf d'Angrie se dresse comme un témoin vivant de l'industrie meunière rurale française. Bien plus qu'un simple vestige, ce moulin-tour continue de fonctionner, offrant aux visiteurs le spectacle rare d'ailes qui tournent et de meules qui grondent, dans un décor authentique préservé avec soin. Ce qui rend ce moulin véritablement singulier, c'est la superposition exceptionnelle de trois époques techniques cohabitant sous un même toit de bardeaux. La tour de moellons de schiste, austère et trapue dans la tradition des moulins du Massif armoricain, a été surhaussée au XIXe siècle pour accueillir des ailes Berton à toile orientable — une innovation majeure de la mécanique meunière. Puis, dans les années 1930, un moteur à huile lourde Ruston-Hornsby vint s'y adjoindre, témoignage fascinant de la transition entre l'énergie éolienne et la motorisation industrielle. L'expérience de visite au Moulin Neuf est celle d'un voyage dans le temps des hommes qui ont nourri le Pays de la Loire. En montant les trois étages de la tour, on découvre une mécanique intacte : le rouet en orme, la transmission, les deux paires de meules de 1,60 mètre de diamètre. Tout ici raconte la précision et l'ingéniosité des meuniers angevins, capables de faire tourner leurs meules six fois plus vite que leurs ailes ne brassent l'air. Le cadre bocager d'Angrie, village discret du Maine-et-Loire, offre un écrin de verdure et de tranquillité qui invite à la flânerie. La silhouette légèrement tronconique du moulin, coiffée de sa calotte de bois, se découpe harmonieusement sur les coteaux de schiste violacé caractéristiques de cette région de l'Anjou noir. Pour les amateurs de patrimoine industriel, d'architecture vernaculaire ou simplement de paysage, la visite constitue une halte mémorable.
Architecture
Le Moulin Neuf appartient à la grande famille des moulins-tours, type dominant dans l'Ouest de la France. Sa tour de plan circulaire légèrement tronconique, haute de 11 mètres, est élevée en moellons de schiste, roche métamorphique bleutée et violacée omniprésente dans la géologie du nord-Anjou. Ce matériau local confère à l'édifice une robustesse et une teinte caractéristiques, tranchant avec les moulins de calcaire tuffeau typiques du Val de Loire. La tour se développe sur trois niveaux, le dernier étage étant le fruit du rehaussement réalisé vers 1865. Les baies à arcs segmentaires, encadrées de briques rouges, sont la signature la plus visible de cette campagne de modernisation victorienne, apportant une touche industrielle bicolore sur la sévérité du schiste. L'ensemble est couronné par une coiffe orientable — ou « chapeau » — recouverte de bardeaux de châtaignier, bois résistant à l'humidité longtemps privilégié dans les charpentes de l'Anjou et du bocage breton. Cette calotte pivotante permet d'orienter les ailes face au vent. Ces dernières sont du type Berton, à châssis métallique tendu de toile réglable, avec une envergure de 17 mètres, soit une dimension généreuse pour un moulin de cette région. L'intérieur révèle une machinerie remarquablement complète. Le rouet — grande roue dentée en orme, bois traditionnellement choisi pour sa dureté et sa résistance à l'usure — entraîne via la transmission deux paires de meules en pierre de 1,60 mètre de diamètre. La démultiplication mécanique permet aux meules de tourner six fois plus vite que les ailes. Le moteur Ruston-Hornsby de 1930, conservé in situ, complète cet ensemble technique exceptionnel, constituant à lui seul une pièce de collection de l'archéologie industrielle.


