Monument aux morts de la guerre de 1914-1918, situé devant l'église
Devant l'église de Villegouge, ce sobre monument aux morts de 1925 dévoile une Victoire ailée d'une rare élégance, œuvre du sculpteur Roganeau et du décorateur Perrier, inscrite aux Monuments Historiques.
History
Posé sur la place de l'église de Villegouge, dans le vignoble bordelais de l'Entre-deux-Mers, le monument aux morts de la Grande Guerre incarne la mémoire collective d'une commune rurale qui, comme tant d'autres en France, fut meurtrie par le conflit de 1914-1918. Loin des grands mémoriaux urbains, celui-ci témoigne d'une commande locale exigeante, confiée à des artistes reconnus de la région bordelaise, pour honorer dignement les fils du village tombés au front. Ce qui distingue ce monument des productions standardisées de l'entre-deux-guerres, c'est la qualité sculptée de sa pièce centrale : une Victoire ailée vêtue à l'antique, figure allégorique chargée d'une solennité classique, encadrée d'une couronne végétale aux volumes généreux. Le registre iconographique choisi — celui de l'Antiquité greco-romaine — contraste avec le dépouillement de la campagne girondine environnante, conférant à l'ensemble une ambiance presque intemporelle. La visite s'effectue en quelques instants recueillis, mais s'inscrit naturellement dans une promenade plus large autour de l'église romane de Villegouge et du cimetière attenant, dont le mur a longtemps servi de fond au monument avant son déplacement. La lecture des noms gravés dans la pierre rappelle avec force l'ampleur des pertes humaines dans les campagnes françaises, où chaque famille fut touchée. Le cadre bocager et viticole de Villegouge, aux portes de Fronsac et de Saint-Émilion, ajoute à la contemplation une dimension mélancolique et apaisante. L'inscription au titre des Monuments Historiques en 2014 consacre la valeur patrimoniale de cet ensemble discret, dont la sobriété formelle ne fait que renforcer la puissance mémorielle.
Architecture
Le monument se présente sous la forme d'un mur horizontal allongé, composition sobre et équilibrée qui s'inscrit dans la tendance néo-classique caractéristique des mémoriaux français des années 1920. Ce format, intermédiaire entre la stèle verticale et le véritable arc triomphal, permettait d'accueillir les listes de noms gravés sur des plaques latérales tout en offrant une surface centrale dédiée à la figuration allégorique. La pièce maîtresse est une Victoire ailée sculptée en bas-relief ou en haut-relief, représentée habillée à l'antique — tunique drapée, ailes déployées — selon un vocabulaire iconographique directement hérité de la statuaire gréco-romaine et amplement repris dans l'art funéraire et commémoratif européen du début du XXe siècle. Cette figure centrale est encadrée d'une couronne végétale aux feuilles de laurier ou d'olivier, symboles traditionnels de la gloire et de la paix retrouvée. L'ensemble révèle la maîtrise technique et le sens de la composition de Roganeau, habitué au travail de la gravure et à la représentation du corps humain. Les matériaux utilisés sont vraisemblablement la pierre calcaire locale ou la pierre de taille de la région bordelaise, matériau dominant dans l'architecture et la sculpture commémorative de Gironde à cette époque. La finesse du travail sculpté, visible dans le traitement des drapés et des éléments végétaux, contraste avec la lisibilité monumentale de l'ensemble, conçu pour être perçu depuis la place de l'église.


