Monument aux héros de l'armée d'Orient et des terres lointaines, square Lieutenant-Danjaume
Arche triomphale dressée face à la Méditerranée, ce monument de granit et de bronze célèbre les Poilus d'Orient tombés loin de France — une œuvre majestueuse signée Castel et Sartorio, inaugurée en 1927.
History
Face aux flots méditerranéens, au bord du promontoire marseillais, le Monument aux héros de l'armée d'Orient et des terres lointaines s'impose comme l'une des œuvres commémoratives les plus singulières issues de la Grande Guerre. Là où d'autres mémoriaux tournent le dos à l'horizon, celui-ci regarde la mer — ce même horizon que franchirent des centaines de milliers de soldats français pour combattre en Orient, aux Dardanelles, en Macédoine, en Afrique ou au Levant. Cette orientation n'est pas fortuite : elle est le cœur du propos. L'œuvre frappe d'emblée par son architecture de portique monumental, forme rare dans le répertoire des monuments aux morts français. L'arche massive, couronnée d'un croissant et d'une étoile — symboles des terres d'Islam traversées par ces armées —, dialogue avec la lumière changeante du Vieux-Port et les teintes bleues du large. L'intrados orné de palmes confère à l'ensemble une solennité sans lourdeur, tandis que la Victoire en bronze, bras tendus vers le ciel, insuffle une énergie presque vivante à la pierre. La visite se déploie à plusieurs niveaux, au sens propre comme figuré. L'escalier descendant vers la mer invite à prolonger la contemplation, à s'immerger dans l'échelle du monument depuis le bas, depuis la perspective de l'embarquement. Les figures féminines aux ailes massives plaquées sur les jambages semblent veiller sur celui qui part comme sur celui qui revient — ou ne revient pas. Les deux personnages en pied évoquent l'armée de Terre et les combattants aériens, rappelant que ce conflit fut le premier à mobiliser l'aviation de façon significative. Pour le visiteur photographe, les heures dorées du matin et du soir transforment le granit blanc en une surface lumineuse qui rivalise avec les plus beaux marbres antiques. Pour le passionné d'histoire, chaque détail sculptural est un récit en soi. Et pour quiconque se tient là, entre la ville et la mer, ce monument parvient à rendre palpable l'immensité d'un sacrifice accompli à l'autre bout du monde, dans des terres que la plupart de ces soldats n'avaient jamais imaginé fouler.
Architecture
Le monument se présente comme un portique ou arche triomphale, forme empruntée à la tradition antique mais réinterprétée dans un vocabulaire Art Déco sobre et puissant caractéristique des années 1920 françaises. La masse principale est constituée de deux jambages épais reliés par un arc en plein cintre légèrement surélevé, dont l'intrados est orné de palmes stylisées — motif à la fois funèbre et victorieux, emprunté aux iconographies méditerranéennes et orientales. Au sommet de l'arche, un croissant et une étoile affirment explicitement la dimension orientale du mémorial, distinguant ce monument de tous ses homologues dédiés au front occidental. Les matériaux associent le granit blanc, dominant, au béton armé structurel invisible et à la pierre de taille. Cette alliance confère à l'ensemble une blancheur lumineuse qui dialogue avec l'éclat de la Méditerranée et rappelle les architectures de pierre calcaire de la tradition marseillaise. Sur chaque jambage, deux figures féminines aux ailes massives sont plaquées en haut-relief : leur volume puissant, leur traitement quasi-architectural, les apparentent aux Victoires ailées de l'Antiquité tout en annonçant les formes synthétiques de la sculpture monumentale de l'entre-deux-guerres. À la base des jambages, des personnages en pied représentent les combattants de l'armée de Terre et les aviateurs. Au centre de l'arche, sur son socle, la Victoire en bronze aux bras tendus vers le ciel constitue le point focal de l'ensemble. L'insertion dans le site est l'un des aspects les plus remarquables de la conception. L'escalier descendant vers la mer prolonge le monument vers le bas, créant une promenade commémorative qui s'achève presque au niveau des flots. Cette mise en scène topographique amplifie la symbolique de l'embarquement et donne au visiteur l'impression de se tenir littéralement au seuil entre la France et l'Orient.


