
Monument à Jeanne d’Arc blessée à la bataille de Jargeau
Au cœur de Jargeau, ce bronze d'Alfred Lanson saisit Jeanne d'Arc à son moment de bravoure suprême : blessée, mais inébranlable, l'étendard en main, franchissant la brèche vers la victoire.

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History
Dressée sur son socle de marbre dans la commune de Jargeau, en Loiret, cette statue en bronze constitue l'un des témoignages sculptés les plus intenses et les moins connus du cycle johannique. Là où d'autres représentations de Jeanne d'Arc la montrent triomphante à cheval ou recueillie en prière, Alfred Lanson a choisi l'instant le plus humain et le plus dramatique : celui où la Pucelle, touchée à la tête par un projectile durant l'assaut des remparts de Jargeau le 12 juin 1429, se redresse et s'élance à nouveau vers la brèche, étendard déployé. Ce choix narratif fait toute la singularité de l'œuvre. L'exécution est l'œuvre du fondeur Barbedienne, l'une des maisons de fonte les plus réputées de la France du XIXe siècle, responsable de nombreuses grandes éditions de sculptures monumentales. La qualité de la fonte, la précision du rendu des drapés et l'expressivité du visage témoignent d'un savoir-faire exceptionnel, que l'on retrouve dans les pièces maîtresses des musées nationaux. La visite de ce monument offre une expérience à la fois historique et artistique. Installé dans un espace public de Jargeau, il invite à la contemplation tout en rappelant le rôle décisif de cette bataille dans la campagne de reconquête menée par Jeanne d'Arc et le duc d'Alençon. Le spectateur est saisi par l'énergie contenue dans le bronze : le mouvement en avant, la main portée à la blessure, l'étendard tenu haut — tout concourt à rendre palpable la tension du combat. Jargeau elle-même, petite ville ligérienne aux portes d'Orléans, offre un cadre patrimonial agréable, baigné par la lumière du Val de Loire. Pour les passionnés de l'épopée johannique, ce monument constitue une étape incontournable du circuit qui relie Orléans, Jargeau, Meung-sur-Loire et Beaugency, jalons de la « Semaine de Loire » au cours de laquelle Jeanne d'Arc balaya les Anglais de la rive sud du fleuve en juin 1429.
Architecture
L'œuvre se compose de deux éléments distincts : la statue en bronze et son socle en marbre. Le bronze, fondu par la maison Barbedienne selon les techniques de fonte au sable ou à la cire perdue en usage au XIXe siècle, représente Jeanne d'Arc en pied, grandeur légèrement supérieure au naturel, dans un mouvement de bascule vers l'avant. La main gauche est portée à la tête, évoquant la blessure reçue au combat, tandis que la main droite brandit l'étendard, symbole de commandement et de foi. Les drapés de la cotte de mailles et du surcot sont traités avec un réalisme minutieux, caractéristique du style académique de la sculpture française du dernier quart du XIXe siècle. Le socle en marbre, commandé à un marbrier du Calvados, adopte la forme sobre et classique d'un piédestal à base rectangulaire, selon l'usage monumental de l'époque. Sa hauteur confère à la statue une lisibilité optimale depuis l'espace public environnant. L'inscription commémorative gravée dans le marbre rappelle la date et le contexte de la bataille, ancrant définitivement le monument dans sa vocation mémorielle. L'ensemble s'inscrit dans le courant de la sculpture commémorative républicaine de la Troisième République, caractérisée par le réalisme narratif, le goût du détail historique et la valorisation de l'héroïsme populaire. À la différence des représentations équestres de Jeanne d'Arc (comme celle de Frémiet place des Pyramides à Paris), Lanson opte pour une figure pédestre, plus accessible et plus dramatiquement humaine.


