Château de Montivert
Joyau néo-gothique des années 1890, Montivert ressuscite l'âme angevine du roi René avec ses tours à mâchicoulis et ses lucarnes finement sculptées, niché dans la campagne du Vieil-Baugé.
History
Surgissant de la verdure angevine comme un château de conte, Montivert est l'une des dernières grandes réalisations néo-gothiques du Maine-et-Loire avant que le style ne s'efface devant les audaces de l'Art nouveau. Édifié à la toute fin du XIXe siècle, il tranche par la cohérence de son parti architectural et la qualité de son exécution, si rare dans un genre souvent taxé d'artifice. Ce qui distingue véritablement Montivert, c'est son ancrage dans une tradition régionale assumée. L'architecte Laffilée ne s'est pas contenté de compiler un répertoire médiéval générique : il a puisé directement dans le patrimoine des demeures angevines du XVe siècle, celles qu'érigèrent les grands seigneurs sous le règne du roi René, duc d'Anjou. Les proportions, le traitement des baies en accolade, les couronnements de tours évoquent ainsi une continuité historique que peu de constructions néo-gothiques de province peuvent revendiquer avec autant de vraisemblance. La visite de Montivert est une invitation à comprendre comment une certaine bourgeoisie provinciale cultivée de la Belle Époque concevait sa relation à l'histoire. Charles Renouf du Breil, avocat angevin commanditaire du château, ne cherchait pas seulement une résidence de prestige : il entendait inscrire sa famille dans une lignée symbolique, celle des grandes heures de l'Anjou médiéval. Chaque détail — des meneaux des fenêtres aux encadrements en tuffeau — porte la marque de cette ambition mémorielle. Le cadre renforce l'enchantement. Le château s'élève dans le paysage bocager du Vieil-Baugé, aux confins de la plaine angevine et de la forêt de Chandelais, dans un territoire où les châteaux du val de Loire ne sont jamais bien loin. Cette implantation champêtre accentue l'impression d'avoir affaire à un édifice plus ancien qu'il n'est, et confère à la promenade alentour une qualité d'anachronisme poétique particulièrement séduisante pour les amateurs de patrimoine.
Architecture
Montivert s'inscrit dans le courant néo-gothique de la fin du XIXe siècle, avec une référence revendiquée aux manoirs et demeures seigneuriales angevins du XVe siècle, période du règne du roi René. L'édifice présente un corps de logis flanqué de tours à mâchicoulis et de tourelles d'angle, dont le couronnement en poivrière rappelle le vocabulaire défensif médiéval réinterprété à des fins esthétiques. Les façades, élevées en tuffeau blanc du val de Loire, offrent une unité de matière et de couleur qui tranche favorablement avec la polychromie parfois disparate d'autres châteaux néo-gothiques de l'époque. Les percements témoignent d'un soin particulier : les fenêtres à meneaux et les baies en arc brisé ou en accolade reproduisent fidèlement les formes du gothique flamboyant angevin, tandis que les lucarnes sculptées qui rythment la toiture constituent l'un des éléments les plus remarquables de la composition. Les toitures en ardoise, à forte pente, complètent la silhouette médiévisante de l'ensemble et renvoient aux grandes couvertures des châteaux ligériens. À l'intérieur, la distribution des espaces suit un programme de confort bourgeois propre à la Belle Époque, dissimulé derrière une enveloppe délibérément médiévale. Les décors intérieurs, salles de réception, escaliers à vis et cheminées monumentales, perpétuent le dialogue entre evocation historique et usage contemporain qui caractérise l'ensemble de la démarche architecturale de Laffilée pour ce château.


