
Menhir dit Pierre Percée ou des Arabes
Sentinelle de pierre dressée depuis le Néolithique, la Pierre Percée de Draché fascine par son mystérieux orifice traversant le monolithe et ses légendes arabes qui défient l'histoire.

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History
Au cœur de la Touraine profonde, à quelques lieues de la Loire et de ses châteaux célèbres, se dresse un monument bien plus ancien que toutes les gloires de la Renaissance : le menhir dit Pierre Percée ou des Arabes. Ce monolithe de grès, planté dans le sol par des mains néolithiques il y a plusieurs millénaires, constitue l'un des témoignages mégalithiques les plus singuliers du département d'Indre-et-Loire, classé Monument Historique depuis 1911. Ce qui distingue immédiatement ce menhir de ses semblables est la présence d'une perforation naturelle ou anthropique qui lui vaut son premier surnom : la Pierre Percée. Cet orifice, rare parmi les menhirs tourangeaux, a alimenté depuis des siècles une fascination populaire et savante. Les archéologues y voient tantôt un accident géologique valorisé rituellement par les populations préhistoriques, tantôt une modification délibérée destinée à des pratiques cultuelles — passage symbolique, observation astronomique ou rituel de fertilité — pratiques bien documentées sur d'autres sites mégalithiques européens. Son second surnom, la Pierre des Arabes, révèle une couche d'imaginaire médiéval et moderne superposée à la réalité préhistorique. Comme de nombreux mégalithes français dont on ne comprenait plus l'origine, les populations locales ont attribué ce monument à des peuples étrangers et mystérieux : Sarrasins, Maures ou Arabes, dont la présence en France entre le VIIIe et le IXe siècle avait laissé une empreinte durable dans la mémoire collective et la toponymie rurale. La visite de ce menhir offre une expérience de dépaysement temporel rare. Isolé dans un paysage agricole typiquement tourangeau, entre bocages et cultures céréalières, il invite à une contemplation silencieuse, loin des foules qui envahissent Chenonceau ou Amboise. Le promeneur attentif notera la qualité de la roche, sa surface patinée par des millénaires d'intempéries, et tentera de glisser un regard à travers la perforation légendaire. Pour les amateurs de patrimoine mégalithique, la Pierre Percée de Draché s'inscrit dans un réseau plus large de monuments préhistoriques en Val de Loire, région souvent méconnue pour ses vestiges néolithiques mais qui recèle plusieurs dolmens et menhirs remarquables, témoins d'une occupation humaine intense dès le cinquième millénaire avant notre ère.
Architecture
Le menhir de Draché appartient à la catégorie des pierres levées isolées, monuments caractéristiques du Néolithique moyen et final de l'Ouest de la France. Contrairement aux alignements bretonsou aux cercles de pierres (cromlechs), le menhir isolé constitue un marqueur territorial ou cultuel autonome, dont la verticalité affirmée évoque universellement une tension entre la terre et le ciel. La roche constitutive du monument est probablement un grès siliceux ou un calcaire lacustre caractéristique des formations géologiques de la Touraine du Sud, région où affleurent des bancs de tuffeau et de grès tertiaires. La surface de la pierre, exposée depuis des millénaires aux intempéries, présente une patine grisâtre et une légère rugosité caractéristiques du vieillissement naturel des mégalithes de cette région. La perforation qui lui vaut son surnom principal traverse le monolithe selon un axe qui pourrait, selon certains chercheurs, correspondre à une orientation astronomique liée aux solstices ou aux équinoxes, pratique bien attestée sur d'autres sites mégalithiques européens. Les dimensions exactes du menhir ne sont pas précisément documentées dans les sources disponibles, mais les menhirs tourangeaux de cette période atteignent généralement une hauteur comprise entre 1,50 et 3,50 mètres hors sol, pour une largeur maximale de 0,80 à 1,50 mètre. La partie enterrée représente traditionnellement un quart à un tiers de la hauteur totale, technique d'ancrage permettant une stabilité séculaire. L'ensemble forme un bloc imposant dont la présence dans le paysage agricole plat de la commune de Draché reste saisissante malgré les siècles.


