
Manoir du Port-Guyet (ancien logis de Marie Dupin)
Niché au cœur du vignoble de Bourgueil, ce manoir gothico-Renaissance fut le rendez-vous de chasse de Ronsard et le refuge de Marie Dupin, muse immortalisée dans ses célèbres Amours.

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History
Dissimulé dans la verdure du val de Loire, entre vignes et bords de rivière, le manoir du Port-Guyet est l'un de ces lieux où l'histoire littéraire et l'architecture se fondent en un seul et même émerveillement. Ancien bien abbatial transformé en demeure seigneuriale, il incarne avec grâce la transition entre le gothique finissant et l'élégance de la Renaissance tourangelle, cette période féconde où l'Anjou et la Touraine rivalisaient d'inventivité architecturale. Ce qui rend le Port-Guyet véritablement singulier, c'est la superposition lisible de ses époques : la fenêtre gothique à l'ouest et la cheminée intérieure du même style côtoient des ouvertures ornées de pilastres plats et de moulures Renaissance, tandis qu'une aile plus sobre vient clore l'ensemble à l'est, ajoutée au tournant du XIXe siècle. Le logis repose sur un imposant sous-sol voûté, et sa toiture à forte pente, encadrée de pignons aux rampants ornés de rondelis de pierre, témoigne d'un vocabulaire architectural propre à la région de Bourgueil. L'expérience du lieu tient autant à son architecture qu'à son aura poétique. C'est ici, selon la tradition, que Pierre de Ronsard venait chasser et retrouver Marie Dupin, cette jeune femme du pays que le prince des poètes a célébrée dans son recueil des Amours. Parcourir les abords du manoir, c'est marcher sur les traces du plus grand poète de la Pléiade, dans un cadre que les siècles ont préservé de toute agitation moderne. Le domaine conserve également deux arches gothiques, vestiges émouvants de la chapelle qui jouxtait autrefois le logis, ainsi que les traces des douves qui en faisaient jadis une propriété close et défensive. La proximité du vignoble de Saint-Nicolas-de-Bourgueil, l'un des plus réputés du Val de Loire, ajoute une dimension sensuelle à la visite : l'odeur de la vigne et la lumière dorée d'Anjou composent un tableau qui n'a guère changé depuis le XVIe siècle.
Architecture
Le manoir du Port-Guyet offre une fascinante leçon de continuité architecturale : le logis principal, de plan rectangulaire, est construit sur un sous-sol entièrement voûté, disposition fréquente dans les manoirs ligériens du XVe siècle qui cherchaient à la fois à surélever le niveau habitable et à disposer d'espaces de stockage. La toiture, d'une pente très prononcée caractéristique du style régional, est rythmée par des pignons dont les rampants sont animés de rondelis de pierre — ces petits ornements circulaires qui ponctuent la ligne de rive — et, à leur départ, du double carré propre à l'architecture de la région de Bourgueil, motif décoratif d'une grande précision géométrique. Les façades illustrent le moment charnière du XVIe siècle : la grande majorité des baies présente des moulurations soignées et des pilastres plats d'esprit Renaissance, qui signalent la diffusion précoce du nouveau langage architectural dans cette région frontalière entre Anjou et Touraine. À l'ouest, une fenêtre gothique à réseau ou à meneaux subsiste, témoignage du vocabulaire antérieur que les bâtisseurs n'ont pas souhaité effacer. L'intérieur conserve une cheminée du même esprit gothique, dont le décor sculpté devait conférer une présence monumentale à la salle principale. Du domaine primitif subsistent deux arches gothiques, vestiges émouvants de la chapelle qui accompagnait le logis, ainsi que les traces des douves qui ceinturaient l'ensemble, rappelant que ce manoir de plaisance conservait une dimension défensive héritée du siècle précédent. À l'est, la petite aile ajoutée à la fin du XVIIIe siècle adopte un vocabulaire sobre, sans ornement, qui contraste avec la richesse décorative du corps principal sans en rompre l'harmonie générale.


