Joyau de l'architecture à pans de bois du XVIe siècle, cette maison trégoroise séduit par ses encorbellements audacieux et ses jambes de force presque verticales, témoignage rare de la charpenterie bretonne médiévale tardive.
Au cœur de Tréguier, ville épiscopale aux ruelles pavées et aux maisons à colombages qui semblent défier le temps, cette demeure du XVIe siècle s'impose comme l'un des exemples les plus éloquents de l'architecture civile bretonne en pans de bois. Inscrite aux Monuments Historiques depuis 1964, elle n'est pas qu'un vestige figé : c'est un document vivant, taillé dans le chêne, qui raconte l'art de bâtir d'une époque où la forêt armoricaine dictait ses lois aux maîtres charpentiers. Ce qui distingue immédiatement cette maison du reste du bâti ancien trégorois, c'est la hardiesse de ses encorbellements. Plutôt que de projeter discrètement les étages supérieurs sur la rue, le bâtisseur a choisi une saillie franche, soutenue par quatre poutres maîtresses dont les têtes restent ostensiblement visibles depuis le niveau de la rue. Ce parti pris constructif, à la fois structurel et esthétique, confère à la façade un rythme puissant et une profondeur rare dans ce type d'édifice. L'organisation des baies — deux fenêtres par niveau, ménageant un large trumeau axial — témoigne d'une réflexion sobre et rigoureuse sur la lumière et la représentation. Le trumeau central, loin d'être une simple masse aveugle, joue un rôle de contrepoint visuel qui structure la façade avec une élégance toute géométrique, à mi-chemin entre le gothique finissant et les premiers souffles de la Renaissance dans l'habitat privé. Visiter cette maison, c'est déambuler dans Tréguier avec un œil nouveau. Depuis la rue, on perçoit instantanément la logique de ce système constructif : les jambes de force presque verticales — presque, car leur légère inclinaison est précisément calculée pour reporter les charges — révèlent le génie empirique des charpentiers bretons du XVIe siècle. Pour le photographe ou l'amateur d'architecture, le jeu d'ombres portées sur le bois sombre par un ciel de Bretagne offre des images d'une intensité particulière.
La maison s'inscrit dans la tradition de l'architecture à pans de bois qui caractérise l'habitat urbain breton de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance. L'ossature est constituée d'une charpenterie en chêne dont la logique structurelle est entièrement lisible depuis la rue : montants, poutres horizontales, jambes de force et encorbellements forment un système cohérent où chaque élément assume visiblement sa fonction portante. Les encorbellements — projection successive des étages sur le niveau inférieur — sont ici particulièrement marqués, créant une façade qui avance progressivement vers la rue au fur et à mesure que l'on monte vers les combles. Ce dispositif, courant dans les villes médiévales, servait à maximiser la surface habitable aux étages tout en protégeant la base du mur des pluies abondantes du Trégor. L'élément le plus remarquable de cette façade réside dans le traitement des quatre poutres de soutien des encorbellements, dont les têtes restent apparentes et sont sécurisées par des jambes de force presque verticales. Cette quasi-verticalité des jambes de force — habituellement plus inclinées — constitue une particularité technique qui distingue cette maison dans le corpus des demeures à pans de bois bretonnes et témoigne d'un savoir-faire charpentier de haut niveau. La composition des baies, avec deux fenêtres par niveau encadrant un trumeau central, confère à la façade un équilibre classique et une monumentalité discrète, où le plein rivalise savamment avec le vide. La toiture, probablement en ardoise d'Anjou ou locale comme le voulait l'usage en Bretagne au XVIe siècle, couronne l'ensemble d'une manière sobre et fonctionnelle.
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